La firme, par exemple, ne se demande jamais comment faire pour que le travail soit le plus plaisant, pour que l’usine ménage au mieux les équilibres naturels et l’espace de vie des gens, pour que ses produits servent les fins que se donnent les communautés humaines. (…)
Mais voici que, dans la vallée du Rhin notamment, l’entassement humain, la pollution de l’air et de l’eau ont atteint un degré tel que l’industrie chimique, pour continuer de croître ou même seulement de fonctionner, se voit obligée de filtrer ses fumées et ses effluents, c’est-à-dire de reproduire des conditions et des ressources qui, jusqu’ici, passaient pour « naturelles » et gratuites.
Cette nécessité de reproduire l’environnement va avoir des incidences évidentes : il faut investir dans la dépollution, donc accroître la masse des capitaux immobilisés ; il faut ensuite assurer l’amortissement (la reproduction) des installations d’épuration ; et le produit de celles-ci (la propreté relative de l’air et de l’eau) ne peut être vendu avec profit.
LE DILEMME DE L’AUGMENTATION DES COÛTS SANS AUGMENTATION DES VENTES
Il y a, en somme, augmentation simultanée du poids du capital investi (de la « composition organique »), du coût de reproduction de celui-ci et des coûts de production, sans augmentation correspondante des ventes.
Par conséquent, de deux choses l’une : ou bien le taux de profit baisse, ou bien le prix des produits augmente.
La firme cherchera évidemment à relever ses prix de vente.
Mais elle ne s’en tirera pas aussi facilement : toutes les autres firmes polluantes (cimenteries, métallurgie, sidérurgie, etc.) chercheront, elles aussi, à faire payer leurs produits plus cher par le consommateur final.
La prise en compte des exigences écologiques aura finalement cette conséquence : les prix tendront à augmenter plus vite que les salaires réels, le pouvoir d’achat populaire sera donc comprimé et tout se passera comme si le coût de la dépollution était prélevé sur les ressources dont disposent les gens pour acheter des marchandises.
La production de celles-ci tendra donc à stagner ou à baisser ; les tendances à la récession ou à la crise s’en trouveront aggravées.
Et ce recul de la croissance et de la production qui, dans un autre système, aurait pu être un bien (moins de voitures, moins de bruit, plus d’air, des journées de travail plus courtes, etc.), aura des effets entièrement négatifs :
Les productions polluantes deviendront des biens de luxe, inaccessibles à la masse, sans cesser d’être à la portée des privilégiés ; les inégalités se creuseront ; les pauvres deviendront relativement plus pauvres et les riches plus riches.
LES EFFETS SOCIAUX ET ÉCONOMIQUES
La prise en compte des coûts écologiques aura, en somme, les mêmes effets sociaux et économiques que la crise pétrolière.
Et le capitalisme, loin de succomber à la crise, la gérera comme il l’a toujours fait : des groupes financiers bien placés profiteront des difficultés de groupes rivaux pour les absorber à bas prix et étendre leur mainmise sur l’économie.
Le pouvoir central renforcera son contrôle sur la société : des technocrates calculeront des normes « optimales » de dépollution et de production, édicteront des réglementations, étendront les domaines de « vie programmée » et le champ d’activité des appareils de répression. (…)
Direz-vous que rien de tout cela n’est inévitable ? Sans doute.
Mais c’est bien ainsi que les choses risquent de se passer si le capitalisme est contraint de prendre en compte les coûts écologiques sans qu’une attaque politique, lancée à tous les niveaux, lui arrache la maîtrise des opérations et lui oppose un tout autre projet de société et de civilisation.
Car les partisans de la croissance ont raison sur un point au moins : dans le cadre de l’actuelle société et de l’actuel modèle de consommation, fondés sur l’inégalité, le privilège et la recherche du profit, la non-croissance ou la croissance négative peuvent seulement signifier stagnation, chômage, accroissement de l’écart qui sépare riches et pauvres.
Dans le cadre de l’actuel mode de production, il n’est pas possible de limiter ou de bloquer la croissance tout en répartissant plus équitablement les biens disponibles.
LES LIMITES D’UNE CIVILISATION INÉGALITAIRE
Tant qu’on raisonnera dans les limites de cette civilisation inégalitaire, la croissance apparaîtra à la masse des gens comme la promesse — pourtant entièrement illusoire — qu’ils cesseront un jour d’être « sous-privilégiés », et la non-croissance comme leur condamnation à la médiocrité sans espoir.
Aussi n’est-ce pas tant à la croissance qu’il faut s’attaquer qu’à la mystification qu’elle entretient, à la dynamique des besoins croissants et toujours frustrés sur laquelle elle repose, à la compétition qu’elle organise en incitant les individus à vouloir, chacun, se hisser « au-dessus » des autres.
La devise de cette société (inégalitaire) pourrait être : Ce qui est bon pour tous ne vaut rien. Tu ne seras respectable que si tu as « mieux » que les autres.
Or c’est l’inverse qu’il faut affirmer pour rompre avec l’idéologie de la croissance : Seul est digne de toi ce qui est bon pour tous.
Seul mérite d’être produit ce qui ne privilégie ni n’abaisse personne.
Nous pouvons être plus heureux avec moins d’opulence, car dans une société sans privilège, il n’y a pas de pauvres. »
Combien devrait nous faire réfléchir cette contribution philosophique…
La planète va mal. La crise que nous connaissons aujourd’hui est financière, économique, donc sociale et politique. On a parfois tendance à oublier le côté environnemental de cette crise. Et surtout sa dimension mondiale ».
Mais il me semble que tout est lié. Il ne peut y avoir d’un côté l’économie et la finance, de l’autre, le social et le politique, et en bout de chaîne, l’écologie.
L’écologie, ce n’est pas seulement la protection des petits poissons, des oiseaux. Cela devrait être une autre logique, un autre dogme, au même titre que le communisme ou le capitalisme. Une autre façon de penser le développement, dans laquelle l’humain et la nature sont au centre.
Mais le problème ne réside-t-il pas dans le fait que les écologistes, bien souvent, sont confrontés à ce dilemme : soit toujours être hors sphère décisionnelle politique, et peiner à se faire entendre. Soit être pris dans la nasse des « coalitions politiques » et dès lors, plus ou moins obligés d’avaler toutes sortes de couleuvres, plus ou moins grosses.
Et pendant ce temps, les lobbies industriels continuent leur travail de saccage de la planète, par l’utilisation irrationnée et irrationnelle des énergies fossiles. Ils n’ont pas vu d’intérêt financier dans ces énergies renouvelables, ni à long terme, ni à court terme.
Quant à Sarkozy, avec son Grenelle, il n’a fait ni plus ni moins que de repeindre en vert la théorie capitaliste. Avec une émanation réunionnaise, GERRI. C’est d’ailleurs pour cela qu’un certain Robert se l’ait appropriée.
La surpopulation planétaire atteint un niveau critique .la fuite en avant consumériste des pays occidentaux , fuite à laquelle les pays émergents participent de manière croissante , accélère le gaspillage des ressources en énergie fossile et accroit la pollution de manière exponentielle.
Ces deux phénomènes conjoints fabriquent une bombe à retardement globale redoutable :
Le manque d’eau et de nourriture…Les prévisions concernant l’évolution du climat dans les années à venir font craindre que d’autres phénomènes comme la montée des océans ou pire l’arrêt de courants marins type Gulf-Stream ne viennent démultiplier des problèmes déja très ardus..
Est-il encore temps de renverser la vapeur ?
Je crains que non , l’humanité me fait penser au Titanic fonçant sur son iceberg , musique à fond !
@Tcherno
j’ai été un peu choqué par le terme « supopulation », dans le sens où l’on savait fort bien que l’évolution démographique allait conduire à une telle population. ce n’est pas fini: La Réunion, par exemple, n’ a pas fini sa transition démographique. Madagascar non plus. Encore bien d’autres pays sont dans le même cas.
que l’on soit de plus en plus nombreux sur terre, c’est un fait, mais la question n’est elle pas le partage EQUILIBRE des richesses?
@ Jean-Jacques Considérer l’accroissement démographique comme une fatalité est selon moi irresponsable…Les Chinois l’ont bien compris en limitant le nombre de naissances par foyer..
Le problème c’est que la quantité des richesses de base potentielles, eau et nourriture , et le nombre d’humains sur terre , sont des données qui divergent de plus en plus ! On ne pourrait régler le problème de manière efficace qu’en s’attaquant aux deux aspects. Si on ne fait rien sur la démographie , on fera comment à 10 ou 12 Milliards d’humains sur terre, avec en plus des évolutions climatiques qui risquent d’aggraver la pénurie de ressources de base ? Je crains pour ma part que la régulation ne se fasse alors de manière « sauvage » avec des famines, des épidémies de masse ,des guerres..
Pour ce qui est de La Réunion , nous serons parait-il 1 Million dans 20 ans ? Vu le taux de chômage actuel , ça donnera quoi cette situation ?
Madagascar ne s’en sort pas avec sa population actuelle , ils feraient comment à 20 Millions ?
Oups !Concernant Mada, ils sont DEJA 20 Millions!
Contre 12,5 en 1993 soit une augmentation de +60% en un peu plus de 15 ans…
@Tcherno
Serais-tu partisan des théories de Thomas Malthus ? D’après mes souvenirs, sa théorie sur la surpopulation mondiale tendait à démontrer que la population d’un pays (et par voie de conséquence, du monde en général) et les ressources naturelles suivaient des courbes de croissances différentes, et que, à plus ou moins court terme, il y aurait un grave déficit de ressources.
En schématisant quelque peu son idée, l’équation était la suivante : la hausse de la population d’un pays entraîne obligatoirement l’appauvrissement de celui-ci. D’où sa proposition de maîtrise des naissances, voire de mariage tardif et de chasteté, ce qui aurait provoqué une limitation du nombre de naissances. Un raisonnement qui peut s’expliquer – entre autres – par le fait qu’il ait été pasteur anglican.
Thomas Malthus avançait également que la diminution des aides aux plus démunis était un moyen d’action contre la croissance démographique. Cette discrimination par rapport à la pauvreté, il l’appliquait non seulement aux êtres humains, mais aussi aux nations, aux pays. Son raisonnement s’adressait essentiellement aux pays pauvres. Eux surtout devaient limiter l’augmentation du nombre de naissances pour diminuer la famine. En épargnant les pays riches. Comme par hasard, il n’était pas issu d’un pays criant famine et misère.
@Jean-Jacques
La théorie de Malthus renaît depuis quelques années.
Malheureusement, dirais-je.
Je suis d’accord avec vous tous pour constater que les ressources naturelles ne sont pas inépuisables, et que la population va continuer à croître.
Mais, la limitation de la natalité n’est, à mon avis, pas la meilleure solution. Comment lutter contre la famine ? les épidémies ?
Et les guerres ne seraient-elles pas la suite « logique » d’une répartition inégale des ressources ?
Pour parvenir à cette répartition égale, ce sont les pays riches qui doivent limiter leur consommation (leur sur-consommation, ce serait plus exact).
Je ne suis pas une optimiste irraisonnée ni un pessimiste forcenée. Juste un simple individu qui se dit que si l’on ne fait rien pour un nouvel équilibre mondial, on va à la catastrophe.
Alors, oui à la révolution mondiale.
@ Jean-jacques Malheureusement , les prédictions pessimistes de Malthus semblent se concrétiser!
Je lis les articles de Sanjiv Dinama ( entre autres )dans Témoignages , il explique que les productions agricoles en Chine et en Russie sont en déclin de 5 à 13% et que ce phénomène devrait perdurer ou s’aggraver. Dans le même temps , la population mondiale augmente peu ou prou de 1% par an, ce qui n’est pas élevé en soi , sauf que cela représente 70 Millions d’âmes de plus par an! La divergence entre production de denrées alimentaires et croissance démographique n’est pas une vue de l’esprit mais une réalité.
Quelles sont les solutions? Certainement pas celles de Malthus! Mais pourquoi crois-tu que les Coréens et les Chinois achètent massivement des terres agricoles en Afrique ou à Mada ?
Les prochaines guerres auront pour objet l’eau et
les terres cultivables…
l’achat (ou l’occupation à titre plus ou moins légal ou plus ou moins gracieux, dans certains cas) des terres est effectivement l’une des raisons pouvant entraîner des conflits. la raréfaction des terres, conjuguée aux phénomènes liés au réchauffement climatique posent vraiment d’énormes problèmes. je te rejoins sur ton interrogation: est il encore temps de renverser la vapeur?