Point de vue – « Le droit de retour de chagossiens à leurs îles n’est pas négociable »

 

Bashir-Ebrahim Khan : « Le droit de retour de Chagossiens à leurs îles n’est pas négociable ».

Engagé auprès du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) depuis des nombreuses années, ce Mauricien, établi en Angleterre depuis les années 1970, présente une vision claire et définie de ce combat.

 

Bashir-Ebrahim Khan est catégorique. Il n’est pas question de négocier avec qui que ce soit du droit de retour des Chagossiens sur leur terre natale.

Engagé auprès de la communauté chagossiennes depuis les années 1990, il explique que son engagement découle d’une prise de conscience de l’injustice faite à ce peuple par le gouvernement anglais comme par le gouvernement mauricien.


« Mon premier souvenir date de la fin des années 1960 à Port-Louis.

J’étais un adolescent et je me souviens avoir vu des gens, hommes femmes et enfants perdus au Jardin de la compagnie.

Je dois dire qu’à l’époque, je pensais plus à ma petite personne qu’à autre chose et je n’avais aucune idée de ce que faisaient là ces gens », raconte-t-il.

 

Ce n’est que des années plus tard alors qu’il a entamé ses études en chimie à Londres qu’il réalisera le drame qui s’est joué devant ses yeux au Jardin de la Compagnie.

On est dans le milieu des années 70 et la presse occidentale commence tout juste à parler des bases militaires américaines et britanniques. Mais très peu encore des déracinés des Chagos.

 

Il fait tout de suite le lien. «J’avais l’impression d’avoir laissé cette injustice derrière moi. A partir de là, il n’y avait plus d’excuse. Je ne pourrais pas les abandonner une seconde fois. Il me fallait trouver un moyen pour combattre cette injustice », se remémore Bashir.


Cet homme installé en Angleterre depuis bientôt 37 ans est un scientifique de formation. Il commence sa carrière comme chercheur en ingénierie chimique.

Toutefois, au début des années 1980, la crise économique qui frappe l’Angleterre l’éloignera des laboratoires. Il se lance dès lors dans le social. Ce qui lui permettra de consacrer plus de temps à ses recherches sur les Chagos.


Il continue à se documenter sur le déracinement des Chagossiens malgré la difficulté de trouver des informations et ce n’est qu’une dizaine d’années plus tard que son engagement va prendre forme après une première rencontre avec un groupe de Chagossiens venus de Maurice.

«C’était grâce à Anwar Bhayat qui animait une association proche des Chagossiens dont je m’étais rapproché. C’était aussi ma première rencontre avec celui qui allait devenir le leader emblématique de cette communauté », se rappelle avec émotion notre interlocuteur.


A la mort d’Anwar Bhayat, Bashir-Ebrahim Khan devient le contact privilégié du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) en Angleterre.

Il est engagé dans l’organisation de voyages, il devient aussi un conseiller d’Olivier Bancoult.

 

Dès lors, il s’engage entièrement à la cause chagossienne et plus particulièrement celle défendue par le GRC.

En 1995, alors que les premiers documents secrets sur les Chagos sont déclassifiés, Bashir-Ebrahim Khan reprend également sa documentation.



 

« Je ne suis pas un expert des Chagos. Je suis avant tout un sympathisant, un membre engagé du GRC », précise-t-il.

Pour lui, la question de négociation s’arrête au montant de la compensation qui doit être reversée aux Chagossiens pour l’injustice qu’ils ont subie à partir de leur déracinement et qu’ils continuent à subir encore aujourd’hui.

 

Les coupables ? Les gouvernements anglais, américain et mauricien, chacun à son niveau.

Bashir-Ebrahim Khan est convaincu d’une chose. Nul ne peut nier le droit de retour d’un peuple sur sa terre natale.

 

«Il ne revient à personne de décider de qui peut retourner sur sa terre natale et quand il peut le faire. C’est un droit humain des plus fondamentaux. Nul ne peut décider de cela.

C’est un droit naturel et propre à n’importe quel être humain. Il n’appartient ni aux Anglais, ni aux Américains, ni aux Mauriciens ni même aux Chagossiens de remettre en question ce principe », soutient avec vigueur Bashir-Ebrahim Khan.


II estime qu’il doit y avoir des négociations avec les trois nations responsables du déracinement. Mais négociations sur le montant de la compensation pour l’injustice dont a été victime ce peuple et peut-être sur le comment du repeuplement, souligne cet homme de conviction.

Et comment définir le montant de la compensation ?

 

Là aussi Bashir-Ebrahim Khan a une réponse idée bien définie et rigide de la question.

« C’est une question qui doit être réglée entre la communauté chagossienne et les responsables de l’injustice. Personne d’autre qu’un Chagossien ne peut prétendre détenir la formule d’évaluation de l’injustice subie. Vous et moi n’avons jamais été jetés hors de chez nous avec tant de mépris. Ne soyons pas prétentieux ».


En prononçant ses dernières phrases, Bashir-Ebrahim Khan adopte un ton des plus sévères. Son engagement dans le combat pour le droit de retour, cet homme le vit presque au quotidien et avec la conviction qui anime généralement les militants de droits humains.

Mais, tient-il à préciser, il est avant tout un militant du Groupe Réfugiés Chagos et son leader s’appelle Olivier Bancoult.


Jean-Yves Chavrimootoo L’Express/11/07/2011

                                                                                                                                               

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1 Commentaire sur

Point de vue – « Le droit de retour de chagossiens à leurs îles n’est pas négociable »

  • Hervé BoismeryNo Gravatar |

    Cette triste affaire Diego Garcia a longtemps été méconnue, malgré les efforts héroiques de certaines personnes. On peut, à La Réunion, citer les travaux pertinents du Professeur Oraison qui a scientifiquement étudié ce drame dès 1978, avec de nombreuses publications dans des revues internationales.
    En tout cas, cette affaire devrait tempérer l’enthousiasme à l’égard de l’Etat mauricien et d’un parti politique au pouvoir depuis l’Indépendance et qui accepté de « vendre » délibérement une partie de ses terres et de ces citoyens, en détournant de surcroît le prix de la cession.
    Depuis quarante ans, des milliers de réfugiés chagossiens s’entassent dans des bidonvilles, dans des conditions plus dramatiques que celles des Palestiniens.
    Faut-il également mentionner qu’actuellement le gouvernement mauricien aliène de vastes domaines au profit d’intérêts étrangers, « dans le but de promouvoir les investissement internationaux ». Le système est particulièrement contraignant puiqu’il s’agit soit de ventes directes, soit de baux à 99 ans qui équivalent donc à une dépossession quasi-définitive pour des sommes dérisoires.
    Ceux qui à La Réunion tressent des couronnes à l’Etat mauricien seraient bien inspirés de suivre les débats parlementaires dans une presse encore relativement pluraliste mais que le régime est en voie de museler.
    En tout cas, la question sociale à Maurice ne cesse de s’aggraver, avec des inégalités croissantes qui déboucheront sur des violences.

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