Ma tribune libre envoyé hier à la presse : L’URGENCE D’ENTENDRE LA COLÈRE QUI GRONDE !

Il faut arrêter de culpabiliser les gens. On n’entend pas suffisamment leurs détresses voire leurs colères, et on les enjoint à « bien » voter, sous peine d’être responsables d’un sombre avenir s’ils votent « mal ».

Le vote est un droit constitutionnel accordé aux citoyens adultes. Ne pas reconnaître leur maturité d’esprit, c’est contester le droit du peuple de choisir parce qu’il faudrait distinguer la « populace » de « l’élite éclairée ».

Ce n’est certes pas le cas du plus grand nombre des observateurs. Pourtant, c’est ce que ressentent de nombreuses personnes que je côtoie, et qui parfois, à mon grand regret, « franchissent le Rubicon » en m’indiquant qu’elles iraient voter au deuxième tour pour celle qui n’aura pas ma voix. Je leur garde pourtant tout mon respect et ma considération, bien que je ne partage pas leur choix.

Pour beaucoup d’entre elles, leur position est l’expression d’une exaspération.

Nombre de politiques et d’observateurs ont une fâcheuse tendance à se persuader que les citoyens oublient. Prenons le cas du référendum sur le Traité européen. Il a été rejeté le 29 mai 2005 par une majorité de Français. Qu’à cela ne tienne ! Moins de 3 ans après, le Traité a été ratifié par une majorité de députés et de sénateurs, estampillés de droite ET de gauche, contredisant le choix de nombre de leurs électeurs.

Comment alors ne pas comprendre la « séparation de corps » entre les électeurs – ne parlons pas des abstentionnistes qui ont déjà exprimé leur volonté de « divorce » – et leurs représentants élus ? À défaut de prendre sérieusement en considération ce signal parmi tant d’autres, les élus et les media sont confrontés aujourd’hui à un risque de « divorce »… d’ailleurs déjà très engagé.

Pendant cette campagne présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, entre autres candidats, a proclamé la nécessité de changer les règles qui prévalent au plan européen. Réponse « sèche », ne souffrant d’aucune contestation : c’est impossible ! Non pas inapproprié, tout simplement impossible ! Autrement dit, même si l’opportunité est manifeste, les Français, pourtant favorables à des échanges au plan européen, doivent se résigner à accepter des règles… dont elles rejettent les conséquences ressenties par eux comme fâcheuses !

Et ça continue aujourd’hui avec l’anathème suivant : si vous ne votez pas pour Emmanuel Macron, vous risquez d’être responsable de l’élection de Marine Le Pen. Allons donc, cela signifierait que d’une part, celles et ceux qui ont voté pour les autres candidats au 1er tour opteraient majoritairement au 2e tour pour la candidate soutenue par le Front National, et d’autre part que les abstentionniste souhaitant voter au 2e tour seraient plus séduits par les arguments de Marine Le Pen. Grave raisonnement !

Par contre, il est vrai qu’une victoire étriquée de Emmanuel Macron serait une première, contraire à l’esprit de la 5e République.

En effet, l’élection au suffrage universel du président de La République a été consacrée en 1962 pour lui donner une légitimité sinon supérieure, du moins égale à celle des parlementaires, notamment les députés.

C’est pourquoi j’ai évoqué sur un réseau social que le rendez-vous du 2e tour est étroitement lié aux élections législatives qui vont suivre.

Car ceux qui vont porter les propositions exprimées par le candidat Jean-Luc Mélenchon vont réitérer la proposition visant, par l’avènement d’une 6e République, à « redonner le pouvoir au peuple ». Et toute proposition propice à atténuer la tentation du pouvoir « personnel », qui a conduit sous la 5e République à parler de « monarchie républicaine », sera bienvenue.

C’est pourquoi il m’a semblé qu’un « front républicain » ne pouvait aujourd’hui se dessiner qu’à la faveur de la prise en compte de certaines propositions des candidats éliminés susceptibles d’être portées par le candidat qualifié pour le 2e tour.

Tel n’est pas le cas puisque le credo est « votez pour faire barrage à Marine Le Pen, point barre, et tirez un trait sur les espoirs que vous avez nourris sur votre candidat, dont les représentants aux élections législatives devraient être aussi battus car Emmanuel Macron aura besoin d’une majorité franche ». On comprend l’enthousiasme de ceux qui hésitent.

À ce propos, j’ai écrit ceci voilà plusieurs jours sur un réseau social : « Front républicain (et non ripoublicain !) derrière Emmanuel Macron ? Encore faut-il que Macron en mesure la portée et sa lourde responsabilité. De nombreuses voix de Macron proviennent d’électeurs qui n’adhèrent pas à son projet, mais à sa volonté de bousculer les « vieux » équilibres.
Et pour faire une large majorité dimanche 7 mai, il doit convaincre des millions d’électeurs réticents à la « pensée macronienne ».
Emmanuel Macron doit donc lancer un appel qui mettrait au pied du mur les électeurs qui souhaitent la défaite de Marine Le Pen, mais pas au prix de la sempiternelle « ritournelle » faisons barrage à l’extrême droite ! En est-il capable ?
Car pour cela, il faut vraiment entendre la colère populaire, et respecter les équilibres politiques et sociaux. Sinon, attention à se gausser de la mémoire des électeurs qui ont déjà donné en 2002 ! »

Voter est un droit. Je le considère comme un privilège quand je constate qu’il est bafoué dans de trop nombreux pays de par le monde. Peut-être que l’avènement d’une 6ème République consacrera le caractère obligatoire du vote pour chaque citoyen.

J’irai donc voter dimanche 7 mai. Je manifesterai alors mon insoumission aux personnes qui incitent au rejet de l’autre ou à la consécration de la compétition économique par l’écrasement de son prochain.

Pierre Vergès 

 

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