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2011
Programme présidentiel du Front de Gauche (11/15) – Laïcité, liberté de conscience et non discrimination
Catégorie : OUTRE MERS, Présidentielles 2012
Comme je l’ai fait pour le programme « national » du Parti socialiste, puis le programme socialiste pour les outremers, je poursuis l’analyse des projets des candidats à l’élection présidentielle en abordant aujourd’hui, le programme du Front de Gauche et de Jean-Luc Mélenchon, candidat du Parti Communiste Français.
Le 3° axe du projet du Front de Gauche évoque « L’égalité, le métissage et le droit du sol contre le racisme et l’ethnicisme ».
Dans les premières propositions : « étendre la laïcité dans les outre-mer, en appliquant la loi de 1905 là où elle ne l’est pas et en garantissant l’existence d’un espace public garantissant la mixité et la liberté de conscience » et « renforcer la lutte contre toutes les formes de discrimination ».
Petit rappel historique : En 2005, François Baroin estimait qu’il fallait « envisager la remise en question du droit du sol dans certaines collectivités d’outre-mer ».
Selon lui, la question de l’application du droit du sol n’était « plus seulement un problème de cohésion sociale, comme on peut le connaître en métropole, mais un problème de souveraineté nationale qui peut être posé à terme ».
Il soulignait que « 50% des reconduites à la frontière concernaient l’outremer, et 25% la seule île de Mayotte. Dans ce même territoire, 85% des naissances concernent des femmes en situation irrégulière et il existe des filières de reconnaissance de paternité fictive ».
Les propos de Baroin avaient suscité un grand tollé, sauf auprès du Front national et chez Philippe de Villiers, qui donnait raison au ministre de l’outre-mer lorsqu’il proposait « de briser le tabou du droit du sol » estimant « urgent d’ouvrir le débat en vue d’une réforme du Code de la nationalité » .
Cela n’avait pas été un épisode sans suite, puisqu’en octobre 2010, des députés UMP déposaient un amendement stigmatisant les Mahorais et Guyanais : « Sur le territoire de Mayotte et de Guyane, est français automatiquement l’enfant lorsque ses deux parents y sont nés ».
Christian Estrosi, lui aussi ancien ministre de l’outre-mer, avait exprimé ses « inquiétudes quant au maintien de la paix sociale à Mayotte avec 30% de la population qui est en situation clandestine et irrégulière ».
Philippe Mariani, UMP également, avait appelé la création d’une mission spécifique sur la question.
Ainsi donc, régulièrement, il y a des tentatives pour faire la distinction entre les Français à part entière et les autres.
L’inscription de ces mots « droit du sol » dans un projet présidentiel est donc pertinente, au vu de la poussée de xénophobie subie ces dernières années.
RACISME
À La Réunion, régulièrement, on constate des actes à connotation raciste.
Tout dernièrement, à Bras-Panon, dans une gendarmerie, lieu public censé respecter la loi, ont trôné un dessin et une affiche à caractère raciste, visant des personnes vivant en France et sans doute citoyens français, mais issus de l’immigration africaine, et comme par hasard, de religion musulmane.
N’oublions pas non plus les propos racistes tenus par un professeur de Lettres Modernes en poste à la Réunion lors d’une audience au tribunal correctionnel. Il avait fallu une mobilisation de tous les Réunionnais pour que, quelques mois plus tard, le rectorat prononce une révocation « provisoire » du professeur.
C’est la preuve que le racisme n’a pas disparu dans notre société où les inégalités sociales sont très grandes.
Mais tout cela n’avait pas provoqué de réaction de la part des ministres.
En revanche, il suffit que Elie Domota, le leader syndical guadeloupéen, affirme que les entreprises devraient appliquer un accord salarial ou quitter l’île et qu’il ne laisserait pas des békés, descendants de colons blancs, « rétablir l’esclavage » pour que l’Elysée s’en mêle.
À ce propos, un conseiller spécial de Sarkozy devait déclarer : « Toute incitation à la violence ou à la haine raciale est inacceptable dans la crise sociale outre-mer, mais le sentiment identitaire y est alimenté par des formes d’exploitation et d’injustice ».
Ainsi, les propositions du Front de Gauche, – comme certaines propositions socialistes – sont à prendre comme la reconnaissance d’une certaine xénophobie contre l’outre-mer.
Mais comme les propositions socialistes, elles ne sont pas déclinées en propositions concrètes.
cela ne va peut être pas changer le cours des choses, mais au moins les questions auront été posées, le sujet aura été mis en avant, c’est un premier début, mais ne nous leurrons pas, ce n’est pas (seulement) en légiférant que l’on fera disparaître le racisme et l’intolérance, le travail est de très longue haleine