Point de vue de Michel Henochsberg, professeur à l’université Paris-X. : « La nouvelle croissance sera nouvelle conscience »

 

Un point de vue très intéressant paru dans le journal « Les Echos » sous le titre « La nouvelle croissance sera nouvelle conscience ». Lecture !


De nombreuses élections se dérouleront bientôt en Europe.

Il est temps que les politiques et partis, candidats aux postes dirigeants, reconnaissent l’impact bouleversant de la crise sur l’économie elle-même, c’est-à-dire sur ses fondements.


C’est pourquoi le politique doit retrouver son essence, et ne plus se soumettre à une économie régnante dont les valeurs vacillent.

Une sorte de responsabilité morale voudrait que ces futurs dirigeants, au-delà de leur position sur l’échiquier politique, proposent des visions repensées, recentrées, renouvelées, en rupture avec le diktat d’une logique économique, incompatible avec le nouvel environnement.


Quelle économie et quelle croissance appellent la métamorphose que nous vivons ?

Telle est la question centrale de notre période qui, secouée par la crise sociétale profonde que nous traversons, signale une indéniable transformation du capitalisme.


La croissance économique standard est vacillante, tant les valeurs émergentes de nos sociétés qui ont atteint un certain niveau de vie refusent la béatitude et l’inconscience de la religion du progrès matériel qui a marqué un XX e siècle acquis aux techniques et au productivisme.

L’addiction des deux derniers siècles à la performance productive a propulsé la quantité mesurable aux postes de commande des objectifs économiques, et, dans la foulée, elle a modelé le corpus analytique de l’économie.


Le système statistique qui en découle a désormais un impact considérable sur la façon de penser l’économie.

Dans une société globale où le capital immatériel n’est pas mesurable, et donc pas mesuré, les fameux indicateurs globaux de richesse et de valeur restent parfaitement chimériques.

 

Il s’agit d’un bricolage intellectuel pour envisager des indices liés à la « qualité de vie » qui se substitueraient à ceux qui règnent actuellement.

Or, cette démarche est un leurre car la « Production du Bonheur » ne relève d’aucune métrique objective, elle est bien peu quantifiable.

 

Bref, mesurer la croissance réelle et sensible est simplement impossible, il faut le savoir, et il faut s’y faire.

Aussi, la nouvelle croissance sera obligatoirement une composition inattendue entre le plus et le mieux.

 

Elle sera croissance standard et son au-delà en même temps.

Elle sera donc une économie de marché que l’on doit dépasser pour vivre mieux, et en même temps elle conservera un marché indispensable pour ses tâches fondatrices.

 

Ce qui sera donc nouveau, c’est la conjugaison de l’immuable procès économique de croître avec un environnement qui l’utilisera tout en le contenant, en le limitant.

La nouvelle croissance est nouvelle conscience.


Des processus internes de mutation des esprits sont en cours dans nos sociétés, comme en témoigne la proposition d’une nouvelle « shared value »*  par les caciques orthodoxes d’Harvard.

Ainsi la logique économique dominante, qui resterait au coeur de nos sociétés pour quelque temps, verrait son influence balisée en chacun de nous par la volonté morale de la « contenir », et donc de partager différemment.

 

La nouvelle croissance s’imposera aux entreprises les plus classiques, en les contraignant par un contexte normatif qui traduira les objectifs environnementaux, écologiques, éthiques, idéologiques, humains et sociaux.

Alors il nous faut entendre ce que nous dit la vraie crise : c’est une défaite de l’économie et de son marché dans leur volonté d’organiser le vivre-ensemble.

 

Les tâches de la pensée et des discours responsables s’articulent sur des exigences inédites : préciser l’économie pour mieux s’en émanciper, pour saisir la métamorphose qui s’inaugure.

Préciser l’économie pour « faire avec », en toute connaissance de cause, pour la circonscrire, pour l’utiliser sans s’y perdre.

 

Préciser l’économie pour comprendre et accompagner la métamorphose vers la multiplicité qui suppose un nouveau rapport entre la société en construction et l’économique.

Ecoutons les émergents, les jeunes, les indignés : ils nous disent simplement la fin de l’économie comme représentation hégémonique de la société, ils nous invitent à redécouvrir le non-marchand, tout en acceptant la consommation et le profit.

 

Loin des clivages politiques, théoriques et moralisateurs, ils additionnent, ils mélangent. Ils nous proposent l’émulation et méprisent la concurrence qu’ils reconnaissent. L’avenir devient patchwork, alors que la posture classique rêvait monochrome…


Michel Henochsberg est professeur à l’université Paris-X.


* Valeur partagée


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1 Commentaire sur

Point de vue de Michel Henochsberg, professeur à l’université Paris-X. : « La nouvelle croissance sera nouvelle conscience »

  • ùXBäNo Gravatar |

    voilà un magnifique discours d’occidental repu et
    je dirais…un petit peu blasé de consommer ?lol!
    je suis daccord sur le fond, il est évident qu’il est temps d’inventer un nouveau modèle…
    mais je serais curieux de savoir ce qu’en pensent les chinois , les indiens , les africains et la plupart des sud-américains,bref le monde entier…
    sauf nous!
    là sera la vraie difficulté des années à venir , convaincre les émergents de ne pas faire ce que nous avons fait, polluer, gaspiller ,proliférer…
    pas simple…

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