À lire – Un livre sur les empreintes de l’esclavage dans l’Océan Indien

 

 

Christiane Rafidinarivo

La langue malgache, l’organisation du travail, les sentiments de supériorité ou d’infériorité, la honte sociale…

 

Autant de domaines où subsistent des traces d’une organisation sociale anciennement esclavagiste, selon la politologue Christiane Rafidinarivo qui développe ses thèses dans un livre : « , « Empreintes de la servitude dans les sociétés de l’océan Indien », publié en 2009 aux éditions Karthala.

 

 

Christiane Rafidinarivo est docteur en Science Politique, politologue à l’Université de la Réunion et membre de l’Académie Nationale Malgache.

 

Pendant dix ans, elle a étudié l’héritage, toujours actuel, de la traite et de l’esclavage dans la région de l’Océan Indien, ce qui a fini par donner son ouvrage

 

La chercheuse y montre que l’esclavage qui a sévi dans la région a laissé de nombreuses marques dans la société contemporaine.

  

« Le fait historique de traite ou de colonisation peut être aboli mais ses effets sont actuels« , explique-t-elle dans l’entretien qu’elle a accordé en juillet 2010 à Ayoko Mensah, du magazine « Africultures ».

 

Elle y explique que dans les sociétés de l’océan Indien, les empreintes de la servitude sont présentes dans la langue, les représentations, les valeurs.

  

Les empreintes se retrouvent aussi dans les pratiques relationnelles et organisationnelles, et parfois cet héritage est transmis de manière inconsciente. C’est notamment le cas dans les faits de racisme, du mépris et de honte sociaux.


LES SOCIÉTÉS DE L’OCÉAN INDIEN SONT TOUTES CONCERNÉES


Pour ce qui est de l’organisation du travail, Christiane Rafidinarivo note que « les conditions de travail aujourd’hui s’apparentent trop souvent encore à la servitude« ,  et cite « la faiblesse de la rémunération du travail et les très importants écarts de salaires »  qui sont « les séquelles de l’organisation servile du travail » qui a prévalu pendant des siècles dans les sociétés de l’Océan Indien, et qui peuvent se résumer à « l’ordre sans la liberté ».

 

Dans son livre, Christiane Rafidinarivo montre aussi que tout le lexique malgache du commerce est issu du vocabulaire de la traite des régions riveraines de l’océan Indien.

  

Cela vient en grande partie du fait que le commerce extérieur, fait essentiellement de commerce d’hommes du IXème au XIXème siècle, est la principale source de monétisation.

 

La politologue fait également remarquer qu’en malgache, la racine polysémique « levy » se retrouve dans la sémantique de l’esclavage.

 

« C’est un repère mémoriel de l’esclavage juif en Egypte et de l’ouverture des eaux. C’est aussi un repère sémantique austronésien d’enfouissement et de dissolution qui sert à figurer l’anéantissement servile« ,  assure-t-elle.

 

Le commerce de traite dans l’océan Indien est également responsable de la structure des sociétés voisines de Madagascar, dont la société réunionnaise, dont plus de 70% ont une ascendance malgache et africaine, issue des migrations de la traite.

 

(D’après un article de Courrier)

                                                                                                                                                                                                                            

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