La Cour des Comptes veut une réforme des aides à l’agriculture outre-mer

  

La Cour des comptes vient de publier son rapport annuel.

 

Dans un des chapitres de ce volumineux document, elle appelle à « réviser la logique » des aides publiques à l’agriculture des départements d’outre-mer, qui « n’atteignent pas leur objectif, malgré un niveau élevé, représentant en moyenne 28% de la production ».


Selon le rapport, les aides ont été presque 2 fois plus importantes qu’en métropole, et ont augmenté entre 2000 et 2008, « alors que la production stagnait en valeur », avec des écarts très importants entre les départements et les secteurs.

 

Les aides principalement destinées à la banane et à la canne, ont crû de 40 % entre 2008 et 2010.

 

Si les subventions représentaient 8,4% de la production en Guyane et 14,5% à La Réunion en 2008, elles atteignaient 32,8% de celle-ci en Guadeloupe et 64,7% en Martinique.

 

« À la Martinique, sans les subventions, le revenu des entreprises agricoles serait très fortement négatif, ce qui pose la question du maintien du modèle économique en place », relève la Cour.


Précision du rapport : les aides n’ont pas permis d’assurer le maintien des emplois, en particulier aux Antilles (-41% en Martinique et -36% en Guadeloupe entre 2000 et 2007 dans les exploitations agricoles), « servant plus à préserver le chiffre d’affaires ».

 

La Cour des comptes juge en revanche « remarquable » qu’à La Réunion

« les surfaces cultivées en banane et l’emploi ont augmenté dans des exploitations qui pratiquent une agriculture diversifiée, tournée majoritairement vers les marchés locaux ».

  

La Cour estime que

« la priorité au maintien d’un fort secteur d’exportation aux Antilles apparaît donc comme un choix à la fois coûteux et inefficace en matière d’emplois ». 

 

Elle souligne que

« alors que la population augmente fortement, les surfaces agricoles ont tendance à diminuer » (plus de 16% en Guadeloupe et Martinique entre 2000 et 2007) ».


La Cour déplore également la « dégradation forte » de la balance commerciale agro-alimentaire des DOM avec un taux de couverture des importations par les exportations « de l’ordre de 20% et l’insignifiance » de l’agriculture biologique » (0,2% des surfaces en Guadeloupe) même si la Guyane se distingue sur ce plan (10,5% des surfaces). 

 

La Cour considère également que « la production locale devrait être plus adaptée à la consommation locale et aux demandes liées au tourisme, plutôt que vers des cultures exportatrices ».


Enfin, elle fait plusieurs recommandations, dont

 

– le redéploiement des aides en faveur de la diversification des produits et des circuits de transformation,

– la prise en compte du bilan carbone dans les raisonnements économiques,

– la liaison du versement des aides à « des objectifs de développement durable mieux ciblés »,

– l’utilisation des instruments de maîtrise foncière,

– un suivi plus rigoureux du plan chlordécone (auxAntilles) en liaison avec le ministère de la santé,

– l’amélioration de l’intégration des filières pour qu’elles répondent mieux à la demande locale.

 

Elle souhaite aussi astreindre l’ODEADOM à établir le bilan de toutes les aides agricoles pour avoir une vision globale des aides dont bénéficie l’agriculture ultramarine.


Par ailleurs, le Sénat a adopté à l’unanimité, une résolution visant à demander à l’Europe de mettre en cohérence ses politiques sectorielles, comme le POSEI, et sa politique commerciale avec le reste du monde. (Nous y reviendrons).


Les subventions rapportées au revenu des entreprises agricoles :

 

Guadeloupe : 38,6 % en 2007 ; 69,8 % en 2008

Martinique : 99,9 % en 2007 ; 158,6 % en 2008

Guyane : 4,3 % en 2007 ; 10,5 % en 2008

Réunion : 24,8 % en 2007 ; 34,8 % en 2008

                                                                                                                                                                 

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3 Commentaires sur

La Cour des Comptes veut une réforme des aides à l’agriculture outre-mer

  • TipimanNo Gravatar |

    « le modèle alimentaire français », ça c’est le thème retenu cette année pour la foire agricole, et au menu:, fruits exotiques, rhums arrangés et autres spécialités des îles pour cause …. d’Année des outre-mer
    le modèle alimentaire? c’est Quick?

  • EricNo Gravatar |

    développement des filières locales… bonne idée. mais comment faire que cela apporte un plus tant aux producteurs qu’aux consommateurs?
    les marchés directs ont commencé… ça a marché, mais il semble que maintenant, il y a des problèmes de réglementation…
    les restaurations collectives? il paraît qu’il y a une question de rentabilité.
    les collectivités locales? dans certaines, le jus de fruit proposé aux invités vient… de l’extérieur, les mêmes que celles achetées en grande surface… lesquelles vendent des produits locaux (jus frais, par exemple…) à des prix très élevés…
    alors, bien sûr, il faut valoriser la production locale, mais il faut que tout le monde joue le jeu. A commencer par les « intermédiaires » ceux qui, on l’a appris par les journaux, s’octroient des commissions assez conséquentes

  • UGPBANNo Gravatar |

    La banane des Antilles, fruit d’une agriculture exemplaire dans le monde.

    Le rapport annuel de la Cour des Comptes qui vient d’être rendu publique pose la question de l’efficience des aides accordées à la production de Banane de Guadeloupe et de Martinique.

    Cette production est un élément fondamental de l’équilibre économique, social et environnemental de ces deux îles.
    En moins de dix ans, cette filière s’est organisée pour produire, dans des conditions climatiques délicates, un fruit de très grande qualité, la banane préférée des français de métropole, et cela dans le cadre d’une agriculture durable.
    A ce titre, elle s’est imposée des pratiques culturales référentes en matière de respect de l’environnement qui la place très loin devant ses concurrents internationaux. Une concurrence rendue inégale par exemple, si nous parlons des bananes dites « bio » respectant des cahiers des charges propres aux pays d’origine incomparables avec les exigences imposées aux producteurs européens.
    A ce titre également, les producteurs sont engagés dans le progrès social. Pas moins de 30 métiers dans cette filière sont identifiés, de l’ouvrier agricole à l’ingénieur agronome. Des formations régulières sont mises en place et rappelons que le cyclone Dean, bien qu’ayant ravagé les plantations en 2007 n’ a conduit à aucun licenciement. C’est évidemment le droit social français qui s’applique à ces emplois, 90% sont des CDI, et donc la comparaison serait vite entendue avec les conditions d’emploi dans les productions concurrentes.
    Et enfin, au titre de l’agriculture durable, la production antillaise développe l’économie locale avec près de 20000 emplois.

    Les aides reçues doivent être appréciées par rapport à un coût de production. Aider une production de céréales en métropole est forcément d’un montant inférieur à celui de la banane antillaise. Mais apprécions également les emplois générés et l’importance sociale de cette production.

    Les aides perçues par les producteurs sont non seulement légitimes mais elles soutiennent une production exemplaire dans le monde, créatrice d’un fruit de haute qualité, d’emplois durables et qualifiés, ambassadrice d’un véritable savoir-faire européen.

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