Plaidoyer d’un grand-père pour ses petits-enfants

 

   Lu sur le site altermonde sans frontière (http://www.altermonde-sans-frontiere.com)

Lorsqu’en juin 2008, James Hansen, Directeur de l’Institut Goddard d’études spatiales de la Nasa, s’adresse, en tant que « simple » citoyen, à une commission du Congrès des États-Unis, il espère influencer le successeur du sinistre George W. Bush.

 

Le message de ce spécialiste reconnu du climat est clair : une hausse de température moyenne sur Terre de 2°C par rapport au niveau préindustriel est « la recette pour un désastre global ».

 

Or, cet objectif affiché dans les accords de Copenhague de décembre 2009 de contenir la hausse de la température à 2°C… est en passe d’être impossible à respecter.

 

Pour James Hansen, tout n’est pas tout à fait perdu, mais il faut prendre la mesure du danger et se déterminer à agir. Une voie de sortie – étroite – existe encore.

 

« Grand-père déterminé à ne pas laisser ses petits-enfants sans défense, il n’hésite pas à sortir de son statut de scientifique « pur » pour expliquer et soutenir à nouveau ici, en son nom propre de citoyen concerné par l’avenir alors qu’il atteint le soir de sa vie, cette voie de sortie », écrit le site Altermonde sans Frontière, en publiant une interview de ce climatologue pour La Revue Durable. Lecture !

 

La Revue Durable : Au vu de la politique internationale, l’objectif de limiter la hausse de température moyenne à +2°C apparaît désormais presque illusoire.

Or, vous jugez qu’une telle élévation conduirait l’humanité au désastre. Pourquoi ?

 

James Hansen : Les données sans doute les plus fondamentales qui illustrent que 2°C de hausse de la température par rapport à l’époque préindustrielle est un scénario pour un désastre, c’est l’histoire de la Terre qui les fournit.

 

La dernière fois qu’elle était plus chaude de 2°C, au début du pliocène (il y a environ 5 millions d’années, ndlr), la planète avait une tout autre allure : le niveau de la mer était plus haut d’au moins 15 mètres.

 

Un tel changement surviendrait bien sûr sur la durée avec une ligne de côte changeant sans cesse.

 

Mais cela signifie que toutes les villes côtières seraient sinon inhabitables, du moins soumises à d’énormes dommages économiques.

 

De nombreuses autres implications accompagneraient un réchauffement global de 2°C.

 

Pour preuve, le signal des effets de la hausse de température actuelle commence déjà à se détacher du bruit de fond.

 

Ce qui était un été caniculaire exceptionnel il y a cinquante ans, n’arrivant que 0,2 ou 0,3 % du temps, ou ne couvrant que 2 ou 3 % d’une région, a maintenant lieu environ 10 % du temps sur de vastes territoires.

 

En 2003, l’Europe de l’Ouest, surtout la France, a souffert d’une canicule correspondant à une anomalie de trois écarts types, voire plus, par rapport à la courbe moyenne normale des températures.

 

L’été 2010, Moscou et une énorme région d’Europe de l’Est, d’Asie de l’Ouest et du Moyen-Orient ont vécu une anomalie de trois écarts types.

 

L’été 2011, l’Oklahoma, le Texas et le nord du Mexique ont connu une anomalie de trois écarts types.

 

La Revue Durable : Et bien sûr, cette tendance va se poursuivre.

 

James Hansen : Oui, parce que la planète est en situation de déséquilibre radiatif.

 

C’est-à-dire que la surface de la Terre retient plus d’énergie (issue du soleil) qu’elle n’en renvoie dans l’espace.

 

Les gaz à effet de serre provoquent ce déséquilibre parce que, dans l’atmosphère, ils agissent comme une couverture qui piège une partie des radiations de chaleur.

 

Résultat : la planète se réchauffe.

 

Chaque année n’est pas toujours plus chaude que l’année précédente, mais la moyenne des températures sur chaque décennie montre un réchauffement à l’œuvre, qui entraîne une hausse des épisodes caniculaires.

 

Depuis trente ans, la distribution des anomalies glisse vers des températures plus hautes d’une quantité qui augmente à chaque décennie.

 

Cette tendance va se poursuivre : les anomalies de trois écarts types vont, au cours du siècle, couvrir des régions de plus en plus vastes.

 

Et la hausse moyenne des températures aura des effets globaux majeurs : fonte des calottes de glace, poursuite de la migration des zones subtropicales chaudes et arides vers les pôles, extinction de très nombreuses espèces…

 

La Revue Durable : Ce qui est terrifiant, ce sont les points de bascule.

Une hausse de 2°C signifie-t-elle qu’on atteindra des points de rupture au-delà desquels il sera impossible de revenir en arrière, avec des conséquences tragiques sur les conditions de vie humaines ?

 

James Hansen : C’est notre propos fondamental : +2°C conduira à coup sûr à dépasser le point de bascule de la stabilité des calottes de glace.

 

Voilà pourquoi le niveau de la mer va monter.

 

Le Groenland et l’Antarctique perdent d’ores et déjà de la masse au rythme de quelques centaines de kilomètres cubes de glace par an.

  

À l’échelle globale, cela reste modeste : le niveau moyen des mers monte aujourd’hui de plus de 3 centimètres par décennie.

 

Mais cela est très rapide au regard de l’évolution récente.

 

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