Dossier « Route du littoral » : ne doit-on pas prendre des mesures d’urgence avant qu’il ne soit trop tard ? (3ème partie)

 Route du littoral : pourquoi prendre le risque d’attendre avant de sécuriser ?

 

Une année de plus sans que la route du littoral ne soit véritablement sécurisée. 

Mais qu’entend-on par sécurisation ?

 

Un rappel historique est nécessaire pour mieux comprendre les tenants et aboutissants de ce dossier qui déchaîne tant les passions.

 

Je sais que le lecteur est parfois impatient de trouver une réponse à SA question préoccupante.

 

Mais il me semble indispensable de donner à tout un chacun les éléments utiles à la compréhension d’un dossier complexe, que des politiques, des observateurs qui y sont allés de leurs commentaires, ont parfois rendu plus compliqué encore qu’il ne l’est.

 

La suppression du chemin de fer    

 

 Trois dates marquantes

. 1957 : arrêt de la liaison entre La Possession et Saint-Pierre

. 1963 : arrêt de la liaison entre Saint-Denis et Saint-Benoît

. 1976 : la liaison entre Saint Denis et La Possession est supprimée.

 

 Comment en est-on arrivé là ?

 

Bien que certaines personnalités de l’époque y étaient opposées – notamment l’expert cannier Emile Hugo et Paul Vergès – l’Etat a encouragé les conseillers généraux de l’époque à « enterrer » le chemin de fer.

 

Il fallait faire la place à l’automobile, et les élus ont prôné un tracé bas, consacrant une route dangereuse à flanc de falaise, et non pas un tracé haut, et sécurisé, par La Montagne.

 

Mais c’était surtout l’occasion de régler le compte au réseau ferré, sur fond de ressentiment contre la structuration du mouvement syndical.

 

Le témoignage de Paul Vergès    

 

 Il suffit de reprendre ce qui était écrit dans la revue « Ma Région et Moi » de septembre 2006. Lecture :

 

« Dans les années 60, il est décidé de supprimer le chemin de fer : l’argument principal utilisé repose sur le vieillissement du matériel.

Or celui-ci se remplace.

 

En réalité, la raison est aussi politique : le personnel des chemins de fer tend à la lutte revendicative, entraînant celle des ouvriers des usines cannières.

 

On « remplace » le chemin de fer par une route : la « route du littoral ».

Le 1er mai 1963, la route du littoral est ouverte. »

 

Des conséquences sur l’aménagement du territoire    

 

 Embouteillage à saint-Denis sur le Boulevard Lancastel

 

« C’est le début du règne du « tout automobile ».

 

L’importation de véhicules commence, dynamisée d’une part par la croissance démographique, d’autre part, par la transformation de l’économie.

 

En effet, au fil des années, le secteur agricole diminue et les secteurs secondaire et tertiaire augmentent.

De sédentaire, la population devient mobile, d’autant plus que toute l’activité des services se concentre principalement à Saint-Denis.

 

Et le rattrapage en termes de postes dans la fonction publique accentue le phénomène.

Cette décision de fermeture du chemin de fer a été lourde de conséquences dans le domaine de l’aménagement du territoire. »

 

La « fuite en avant » avec le tout automobile    

 

 L’effondrement de plusieurs milliers de M3 de rochers le 22 juin 1980 au PK 2,1

 

En 1963, la Route du Littoral est mise en service sur deux voies.

En 1976, l’ouverture de la route en 2×2 voies est réalisée pour prendre en compte l’augmentation du trafic.

 

Le 22 juin 1980, entre 6h15 et 6h30,  entre 15 000 m3 et 20 000 m3 de roche s’abattent sur la route.

 

Les quatre voies sont recouvertes sur des centaines de mètres, et trois jeunes réunionnais, âgés de 20, 21 et 25 ans trouvent la mort, ensevelis sous cet amas de roches et de terre.

 

En 1995, la majorité régionale autour de la présidente Margie Sudre et du 1er vice-président Paul Vergès, bien que s’agissant d’une route relevant de la compétence de l’Etat, lance des études pour un nouvel itinéraire.

 

En 1998, suite à une commande d’études par la nouvelle majorité régionale autour du président Paul Vergès et du 1er vice-président Camille Sudre, un comité d’experts internationaux recommande l’abandon de la route actuelle.

 

Des initiatives déjà prises pour la sécurisation    

 

 Pose de filets sur la falaise de la route du littoral

 

En attendant que l’Etat propose des solutions pour une route relevant de sa compétence, la Région ne reste pas inerte et avance des propositions.

 

Ainsi, en 1999, la Région décide du financement de la mise en place de la solution « deux voies plus une ».

 

En 2003, la Région accepte de poursuivre et de cofinancer avec l’État d’importants travaux de sécurisation, notamment par les poses de filets supplémentaires, destinées à contenir les éboulis.

 

En 2005, l’État décide de poursuivre les études pour la nouvelle liaison, suite au débat public, concernant les projets de route du littoral et du Tram Train, qui n’a pas permis de faire prévaloir une solution parmi d’autres.

 

Un nouvel effondrement de falaise en 2006    

 

 L’effondrement du 24 mars 2006 au PK 11,5

 

 Le 24 mars 2006, à cinq heures trente du matin, un pan entier de la falaise surplombant la route s’écroule, à un endroit où il n’y avait pas de filets, la DDE estimant que c’était une portion de route peu susceptible à des éboulis, et plus encore à des effondrements de falaise.

 

Pourtant, 20 000 m3 de roches barrent la route du côté de La Possession.

 

Cela provoque un nouveau drame humain, avec deux morts, et un drame économique, avec une route totalement coupée pendant plusieurs semaines.

 

Le samedi 15 avril à 6 heures du matin, la route du littoral est rouverte en mode 1+1.

 

Une enquête administrative est demandée par le ministre des transports et de l’équipement Dominique Perben. 

 

Une nouvelle étape dans le feuilleton de l’aménagement du territoire de notre Île commence.

 

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4 Commentaires sur

Dossier « Route du littoral » : ne doit-on pas prendre des mesures d’urgence avant qu’il ne soit trop tard ? (3ème partie)

  • hoarau clarisseNo Gravatar |

    je pense que la nouvelle route qui est en projet ne devrais pas se faire pour plusieurs raisons comme comment peut-on nous faire croire qu’il n’y aura pas de répercution sur la faune marine et la venue des baleines autours de nôtre île et vraiment le train était 1 super idée et pourtant je trouvais dommage quil n’arrivait pas à st pierre,l’idéal aurait été de faire le tour de l’île en train dans les villes qui sont les plus proche de la côte tout au tour de l’île .

  • Pierre VERGESNo Gravatar |

    À Clarisse, petite rectification nécessaire :
    Pour montrer notre volonté de réaliser un projet global, nous nous sommes engagés publiquement pour que le projet Tram Train aille à terme de Saint-Benoît à Saint-Joseph.
    Cet engagement, écrit et public, a motivé le vote d’opposants élus à la Région avant 2010, dont l’élu récemment décédé Roland Hoarau, lors de la séance plénière de 2005 approuvant le projet.
    D’ailleurs, des études préliminaires avaient été réalisées, avec des options présentées après 2008 aux maires concernés (par exemple, passage à Piton Saint-Leu ou continuer le long de l’ancienne route nationale – la 2ème option avait la faveur des élus de Saint-Leu, compte tenu des contraintes d’expropriation, techniques et financières de la 1ère option, passage sur le front de mer de Saint-Pierre plutôt que par le Boulevard Bank – 1ère option retenue par les élus de Saint-Pierre).
    Mais il fallait bien commencer par une 1ère phase, concernant un territoire connu comme le plus embouteillé, car il est vrai, concentrant le plus d’activités économiques et d’administrations.
    Il est évident que le projet, une fois engagé,aurait suscité un tel enthousiasme que le pouvoir parisien, devant un front réunionnais composé d’élus, d’acteurs économiques, mais surtout des citoyens usagers, aurait été dans l’obligation d’accompagner La Réunion dans le financement des autres phases pour ressuscité un « Ti Train longtemps moderne ».
    Voilà le gâchis orchestré par des élus irresponsables de la nouvelle majorité régionale qui a offert sa servilité au pouvoir parisien !

  • GUNET ArmandNo Gravatar |

    Une précision -triste- s’impose.
    Le véhicule de ces trois jeunes qui sortaient de discothèque au Barachois a été poussé dans la mer et leurs corps ont été expulsés de la voiture.
    Vu la force de la houle à ce moment-là, les pompiers ont dû attendre pour récupérer les corps des deux malheureux (dans un état de décomposition avancée). Le corps de la jeune fille, en revanche, n’a jamais été retrouvé.

  • Pierre VERGESNo Gravatar |

    Je l’ai connu, c’était une amie…

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