Les dialogues (presque) imaginaires : « toute ressemblance avec… et bla bla bla et bla bla bla… » (1)

 

 Imaginons Didier Robert, rêvant d’être plus gaulois qu’un français de plusieurs générations, rencontrant un professeur fier d’être Réunionnais et assumant d’enseigner le  Kréol Réyoné.

 

Ce serait une autre façon d’approcher la réalité : par la fiction !  Régulièrement, toutes les semaines

– du moins nous allons essayer de le faire mes amis et moi -, nous vous proposons un nouveau rendez-vous, reposant sur de vraies déclarations mises en relief par des propos plutôt imaginaires. Débat contradictoire, en quelque sorte.


Le Prof Kréol (PK) : Oté, koman i lé, Didier ?

Didier Robert (DR) : Monsieur, plaît-il ? Je n’ai pas saisi le sens de vos propos.

 

PK : Mi di aou : koman i lé ? Autrement dit, je vous accueille en créole, langue parlée à La Réunion.

DR : Monsieur, je le conçois, certes. Mais néanmoins, permettez-moi de vous rappeler qu’il est de bon ton et d’usage d’employer la langue française lorsque l’on s’exprime publiquement.


PK : Mais le créole est notre langue maternelle. Pourquoi le rejetez-vous ainsi ? Vous n’êtes pas un défenseur de la langue créole, de l’identité réunionnaise ?

DR : Monsieur, « J’ai toujours dit, et je continue à dire, que ce combat est un combat d’arrière-garde. Le créole n’a pas besoin d’être défendu, parce que le créole se vit au quotidien, l’identité réunionnaise se vit également au quotidien. Enseigner le Créole à l’école n’a pour moi que peu de signification. C’est un combat passéiste que de vouloir camper sur le créole à l’école » (*).

 

PK : Si je vous suis bien dans votre pensée, vous estimez que le combat mené par le député René-Paul Victoria, UMP comme vous, est ringard. Car le député de la 1ère circonscription a cosigné une proposition de loi pour la défense et la promotion des langues régionales.

DR : Et alors ?


PK : Et bien, il est écrit : « La présente proposition de loi vise à organiser une politique de protection au plan public. Le soutien que les pouvoirs publics accorderont aux différentes langues de France constituera le meilleur argument au soutien de la politique de pluralisme linguistique qu’elle entend promouvoir en Europe et au plan international ».

DR : Professeur, ne croyez-vous pas qu’il y ait d’autres sujets plus importants à traiter à La Réunion ? Vous avez entendu les déclarations des journalistes de France Inter, il y a quelques jours. Ils nous ont parlé d’alcoolisme, de chômage. Ne croyez vous pas que cela est plus important que de défendre une langue que tout le monde parle, mais qu’on ne parle qu’ici ?


PK : vous êtes donc aussi en opposition avec le gouvernement. Dans l’affaire  des panneaux d’entrée et de sortie d’agglomération qui a mobilisé l’attention, le Gouvernement a clairement exprimé le 16 février dernier, à l’occasion de l’examen au Sénat d’une proposition de loi dans ce sens, qu’il était favorable à ce que le nom en langue française puisse être accompagné du nom de l’agglomération en langue régionale. Vous êtes donc opposé à cette double inscription ?

DR : Monsieur, je comprends que l’on puisse aimer les K W Z, cela fait joli. Mais comment croyez-vous que les Chinois qui vont venir par charter entier depuis Maurice pourront trouver leur chemin jusqu’à Saint-Gilles si l’on écrit comme cela ? Soyez réaliste, Monsieur, les bus du TEE n’ont pas vocation à être des supports d’une langue que mon excellente amie, Margie Sudre, avait qualifié de petit patois sympathique.


PK : permettez-moi de vous dire que vos propos me choquent. Une dernière question, Monsieur Robert : Etes-vous fier d’être réunionnais. ?

DR : J’habite La Réunion, j’ai été maire d’une commune de La Réunion, député d’une circonscription de La Réunion, président du conseil régional de La Réunion. Donc je suis réunionnais. Auriez-vous posé la question à un habitant du Creusot pour savoir s’il était fier d’être Creusotin ? Non, cela ne vous serait même pas venu à l’idée. Et vous auriez eu raison.

 

PK : Mais nous devrions être fiers d’être Réunionnais, et d’inscrire notre langue dans le « marbre de la biodiversité culturelle de l’Humanité », non ?

DR : Que représente La Réunion par rapport au Monde entier ? Nous sommes trop petits, à La Réunion, pour représenter quoi que ce soit. Les enjeux ne sont pas réunionnais : « les enjeux sont d’abord nationaux et européens » (*).


PK : Alors, tout en respectant votre aveuglement, permettez-moi de conclure en reprenant ce qu’a dit un jour un jeune député, trop vite disparu, dans un discours à l’Assemblée Nationale : « nou lé pa plis, nou lé pa moins, respekt a nou ! »

 

(*) Propos réellement tenus.                                                                                                                                                                                                                              

      

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5 Commentaires sur

Les dialogues (presque) imaginaires : « toute ressemblance avec… et bla bla bla et bla bla bla… » (1)

  • une reunionnaise en metropoleNo Gravatar |

    combien de fois ici en metropole; creoles « la repondu a moins, lu la pas compris sat mi dit  » parce que j’ai osé lui parlé en creole dans un supermarche ou dans une soirée « na pleins zoreils ».ou à la station d’un metro.depuis 2006, j’ai cesse de « courir » sur des gens, tout simplement parce qu’ils sont de la meme ile que moi, disons poussée par mes proches, qui n’apprecient pas, pas du tout ce genre de comportement.Et souvent ce sont des creoles, qui sont là seulement depuis 3 ans par exemple.Ils te « battent » un francais mi figue, mi raisins, presque meconnaissable, avec un gros accent reunionnais, je n’aime pas ce genre d’attitude ridicule, avec des reunionnais, reunionnaises comme soit.
    Des gens de notre ile, qui repondent de cette facon, ici en metropole, il y en a pleins, personnes ne me dira le contraire.

  • ArsinoéNo Gravatar |

    et souvent la réalité dépasse la fiction !

  • VincentNo Gravatar |

    Effectivement, la caricature est drôle, montons les réunionnais l’un contre l’autre!
    C’est sûr que défendre le kreol est plus démago que de prendre de front les problèmes plus sociaux (alcoolisme, dépendances, assistanat). Et il est plus facile de se regarder le nombril, que de s’inquiéter de l’image que l’on peut renvoyer vers l’extérieur.
    C’est ça la force d’une république bananière, garder l’attention du public sur des broutilles, brosser dans le sens du poil, pour ne pas perdre sa popularité et être obligé de rendre des comptes quand les réunionnais se rendent comptent de l’envers du décor.

  • Jean-JacquesNo Gravatar |

    @Vincent: quelle drôle de contribution ! l’idée était-elle de « monter les réunionnais l’un contre l’autre »? je ne crois pas. il s’agissait seulement de souligner que dénigrer le créole et l’identité réunionnaise n’était pas une attitude digne de quelqu’un se disant réunionnais.
    Mais la suite de la contribution indique la filiation intellectuelle: alcoolisme, dépendances, assistanat… comme étant les seuls maux dont souffre La Réunion !
    peut être qu’une lecture moins sélective des articles publiés sur ce blog aurait permis d’être plus objectif, et très certainement moins méprisant pour La Réunion « république bananière »

  • AnonymeNo Gravatar |

    @Vincent:
    quelle image La Réunion donne-t-elle à l’extérieur? Vaste question. d’une part, l’image est celle que les media – notamment ceux de France – veulent bien lui coller. Comme vous l’écrivez vous même, l’outre-mer est une « république bananière », une « danseuse de la république ». ce genre de références, est irrémédiablement incrustée dans l’intellect des Français. Dans celle de certains réunionnais (peut -être la vôtre d’ailleurs)
    d’autre part, l’image est bien sûr sélective. on parle des requins qui s’attaquent aux humains, aux chiens appâts, mais évoque-t-on dans les media, ce qui fait que La Réunion avance (énergies renouvelables etc.)
    enfin, vous dites que le créole est une « broutille ». ces propos sont à laisser à votre propre jugement

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