Courrier de lectrice – Transporter l’eau de Sainte-Rose jusqu’au pays du Golfe : une mauvaise solution

courrier des lecteurs  Vendre l’eau douce rejetée à l’embouchure de la centrale hydro-électrique de Ste-Rose aux pays du Golfe Persique a toujours été notre éternel serpent de mer à la Réunion. C’est pour cela qu’une fois pour toutes, il faut lui couper sa tête, le meilleur moyen étant de le confronter aux réalités techniques, économiques et financières du monde qui nous entoure.

Dimensionnement du problème

Au niveau du transport lui même, pour raisonner sur des chiffres « ronds », 100.000m3/jour équivalent approximativement à un peu plus de 1m3/s (1,16 de manière plus précise).

Un bateau de 100.000 tonnes est déjà un bateau de grande taille. Un sac de cette capacité pourrait avoir les dimensions approximatives suivantes : longueur 500m et diamètre 15m (approximativement 90% de cette section serait submergée – ce qui impliquerait une dépense énergétique très importante).

Un bateau ou un sac de ces dimensions se chargerait en approximativement un jour et mettrait le même temps à décharger.

On peut estimer le transport à partir de la centrale hydroélectrique de Sainte-Rose – La Réunion à environ 6m3/s. Soit l’équivalent de trois grosses usines de dessalement. Il faudrait donc disposer, au point de chargement et au point de déchargement à destination, d’installations portuaires capables d’accueillir six bateaux ou sacs de 100.000 tonnes chacun, tous les jours de l’année.

Selon toute probabilité, ces installations n’existent pas aujourd’hui et il faudrait donc les construire ad hoc en investissant les sommes correspondantes.

Alimenter l’Arabie Saoudite à partir de La Réunion représenterait un trajet d’environ 6.000 kilomètres aller – soit 12.000 km aller-retour (à moins de débarquer en Oman et de traverser les montagnes formant la frontière entre Oman et l’Arabie Saoudite).

Un bateau ou un remorqueur tirant un sac de ces caractéristiques aurait une vitesse approximative de 15 km/h (probablement moins en charge à l’aller et plus à vide au retour). Le trajet aller-retour se ferait donc en 800 heures soit 33 jours.

C’est-à-dire un total de 35 jours en comptant le chargement et le déchargement.

Sans compter d’éventuels « météo stand-by ».

Ni les risques de piraterie au large de la Somalie.

En conséquence, il faudrait une flotte de 35 fois 6 = 210 bateaux de 100.000 tonnes ou remorqueurs tractant des sacs équivalents, effectuant en permanence des rotations entre l’Arabie Saoudite et la Réunion pour effectuer la livraison du débit de la centrale de Sainte-Rose.

Objectif réduit

Pour ces raisons, ce type de transport s’utilise presque exclusivement pour des cas occasionnels et réduits, comme des pointes estivales dans des petites îles touristiques de la Méditerranée ou des cas d’urgence comme pour Barcelone en Espagne qui a importé une fois de l’eau depuis Marseille après de nombreuses années de forte sécheresse (voir le lien : http://www.actu-environnement.com/ae/news/barcelone_marseille_espagne_polemique_5122.php4)

Le seul cas d’utilisation régulière se situe aux Bahamas qui sont en train de l’abandonner pour le substituer par une usine de dessalement.
Il est à noter que d’importantes usines de dessalement compétitives énergétiquement et économiquement sont déjà présentes ou sont en voie d’être construites dans cette partie du monde et vont pouvoir proposer une offre suffisante en eau douce .

En Arabie Saoudite par exemple, la première usine à Jubail datant déjà de 2010 produit 800 000 m3/jour – soit au moins 2 fois le rejet en eau à l’embouchure de la centrale de Ste-Rose – (voir le lien : http://www.finance.veolia.com/docs/VE-CP-Veolia-Eau-Jubail-Marafiq-020713_VF_1.pdf) ; en Irak est déjà actée la construction d’une usine de 84 millions d’euros (voir le lien : http://www.leparisien.fr/flash-actualite-economie/veolia-construira-une-usine-de-dessalement-d-eau-en-irak-pour-84-millions-d-euros-29-01-2014-3538877.php).

On voit mal alors ces mêmes pays du Golfe Persique vouloir s’aventurer dans un projet de transport par bateaux ou par sacs qui techniquement et économiquement dans le passé a démontré ses nombreuses failles et incapacités, alors que des groupes comme Véolia et Suez offrent des solutions clés en main compétitives et éprouvées sur tous les plans (voir lien ci-dessous : http://www.la-croix.com/Actualite/Economie-Entreprises/Economie/Veolia-et-Suez-se-disputent-le-marche-du-dessalement-d-eau-de-mer-2014-01-30-1098725)

Coût élevé

En tout état de cause, le coût de ces réalisations de transport maritime est au minimum de deux ou trois fois supérieur au dessalement, en dépit de leur faible distance (quelques centaines de kilomètres au plus et non quelques milliers).

Il y a plus de dix ans, Israël avait signé un Memorandum Of Understantding (accord bilatéral) avec la Turquie afin de lui acheter de l’eau qui serait transportée par ce système.

Dans ce contexte, un transport à grande échelle par sacs entre la Turquie et Chypre Nord fut réalisé comme un pilote et se traduisit par un échec retentissant. De nombreux sacs rompirent ou se perdirent dans le trajet.

Cet échec mena à la faillite la société norvégienne opératrice, Nordic Water Supply.

Tirant les conclusions adéquates de cette expérience, Israël et la Turquie signèrent un nouvel MOU (Memorandum Of Understantding) qui envisageait la construction d’un aqueduc sous-marin, avant que leurs relations diplomatiques ne se détériorent.

L’Australie envisagea aussi, il y a quelques années, un tel type de transport pour alimenter la ville de Perth.

La commission gouvernementale chargée d’étudier ce projet (Cf. rapport : http://www.water.wa.gov.au/PublicationStore/first/64772.pdf) conclut que le transport par bateau ou sac était cinq fois plus cher que le dessalement pour un trajet de 3000 kms ).

Dans le cas de la Réunion des études complémentaires mèneront aux mêmes conclusions qu’en Australie puisqu’on parle dans le cas présent d’un trajet aller-retour de 12 000 km ..

A travers ces quelques lignes,j’espère que ce vieux serpent de mer ne fera plus surface car cela ne ferait que continuer de donner de faux espoirs de développement aux citoyens et aux élus de la ville de Sainte-Rose qui ne le méritent pas.

De la part d’une citoyenne éclairée.

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