Alerte climat – Danger : par manque d’anticipation, on joue avec le feu

 Une étude réalisée par des chercheurs de l’université britannique d’East Anglia aboutit au constat que les émissions de  gaz à effet de serre (GES), en augmentation, mettent la planète sur la trajectoire d’un réchauffement d’environ 4 °C d’ici la fin du siècle par rapport aux niveaux préindustriels.

 

Cela a conduit mardi 14 mai la responsable climat de l’ONU, Christiana Figueres, à déclarer que le monde est « entré dans une nouvelle zone de danger » avec une concentration de CO2 mesurée au-delà des 400 parties par millions (PPM), seuil inégalé depuis l’ère du pliocène il y des millions d’années,.

 

Un triste record franchi    

 

  Christiana Figueres

Triste record franchi, puisque la station de mesure de Mauna Loa, à Hawaï, a enregistré ce jeudi 9 mai 2013 une concentration de dioxyde de carbone (C02) dans l’atmosphère de 400,03 parties par million (ppm).

 

Christiana Figueres manifeste son inquiétude, en déclarant que « Avec 400 ppm de CO2 dans l’atmosphère, nous avons dépassé un seuil historique et nous sommes entrés dans une nouvelle zone de danger ».

 

Pour elle, « Le monde doit se réveiller et prendre note de ce que cela signifie pour la sécurité des hommes, leur bien-être et le développement économique ».

 

Le CO2 et le réchauffement climatique     

 

 Petite piqure de rappel : le CO2 (dioxyde de carbone) est un gaz à effet de serre totalement incolore et inodore.

Le CO2 compose de manière naturelle l’atmosphère (0,03%).

 

Mais cette molécule est aussi émise par la combustion d’énergies fossiles ou non telles que le bois, le charbon, le gaz et bien sûr le pétrole.

 

Et l’augmentation de la concentration des gaz à effet de serre dans l’atmosphère aggrave le réchauffement climatique en retenant une partie des rayonnements du soleil et les renvoyant en rayons infrarouges.

 

Un réchauffement à + 2° C en passe d’être plus qu’atteint    

 

 L’objectif fixé par la communauté internationale en 2009 est de contenir le réchauffement à +2°C par rapport aux niveaux pré industriels, seuil au-delà duquel les scientifiques mettent en garde contre un emballement du système climatique avec son cortège d’événements extrêmes.

 

On est loin de respecter cet objectif car avec une moyenne annuelle de 400 PPM de CO2, le réchauffement attendu est au moins de 2,4°C.

 

C’est ce qui ressort en tout cas des conclusions du dernier rapport des experts de l’ONU sur le climat (Giec).

 

Une perspective de hausse de 3 à 5°C    

 

 Et l’horizon s’assombrit, car les émissions de CO2 dans l’atmosphère ne cessent d’augmenter et si la tendance se poursuit, la hausse du thermomètre devrait être de 3 à 5°C.

 

Certes, la planète a déjà connu une concentration de plus de 400 PPM de CO2.

 

Mais c’était « il y a entre 3 et 5 millions d’années durant l’ère du pliocène, quand la température globale était 2 à 3 degrés plus élevée qu’à l’ère pré-industrielle », rappelle Bob Ward, directeur de la communication de l’Institut de recherche Grantham sur le changement climatique et l’environnement, à la London School of Economics and Political Science.

 

Un climat préhistorique en vue     

 

 « Nous sommes en train de créer un climat préhistorique dans lequel notre société va devoir faire face à des risques énormes et potentiellement catastrophiques », a-t-il ajouté.

 

Petite précaution : la NOAA (Agence américaine océanique et atmosphérique) analyse ce niveau de CO2 comme « préliminaire », d’autant que les concentrations vont baisser durant l’été, et attend confirmation de l’Institut océanographique Scripps  de San Diego dont le dernier relevé manifeste 399,73 ppm.

 

Il faudra donc attendre pour que soit confirmé ce constat alarmant.

Mais cela n’enlève en rien à la nécessité de réaliser dès maintenant des efforts pour lutter contre les causes du réchauffement climatique.

 

Le taux de CO2 dans l’atmosphère ne cesse de croître    

 

 Car les données sur de longues périodes sont connues : depuis le premier relevé, mesuré en 1958 à 316 ppm, le taux de CO2 dans l’atmosphère ne cesse de croître.

 

Ainsi, le Scripps Institution of Oceanography de l’Université de San Diego en Californie, qui diffuse les mesures effectuées par l’observatoire de Hawaï,

rapporte sur son site que durant la période précédant la révolution industrielle au XIXe siècle,

« la moyenne du taux de CO2 était d’environ 280 ppm.

Et durant les 800 000 dernières années, ce taux a évolué entre 180 ppm durant les périodes glaciaires à 280 ppm pendant les périodes les plus chaudes ».

 

Selon les relevés effectués sur les glaces polaires, la concentration en gaz à effet de serre était restée stable pendant 800 000 ans, jusqu’à la révolution industrielle. 

Depuis, l’augmentation a été constante.

 

Le problème, c’est aussi la vitesse à laquelle cette concentration s’accroît    

 

 Le problème, selon les climatologues, c’est aussi la vitesse à laquelle cette concentration s’accroît.

Pour les spécialistes, la barre des 400 ppm est celle qu’il ne fallait pas franchir pour contenir la poussée de fièvre de la planète au-dessous de + 2°C.

 

Car les problèmes ne se limitent pas au confort thermique de l’être humain.

Par exemple, la biodiversité serait fortement menacée par le changement climatique si on dépasse les +2°C, selon une étude publiée tout récemment.

 

Une hécatombe d’ici 2080    

 

 Pour les chercheurs de l’université britannique d’East Anglia, pas moins de 57 % des plantes et 34 % des animaux pourraient voir cet espace réduit d’au moins de moitié d’ici 2080.

 

Cette étude identifie les plantes, les amphibiens et les reptiles en tête de liste des espèces qui sont le plus « à risque », car le rythme de leur capacité d’adaptation est plus lent que celui du changement climatique.

 

« Les changements climatiques vont réduire considérablement la biodiversité, même pour les plantes et les animaux communs », prévient Rachel Warren, une des auteurs de l’étude, précisant que les endroits les plus touchés seraient l’Afrique subsaharienne, l’Amérique centrale, l’Amazonie et l’Australie.

 

Ces estimations de perte d’habitat se situent « probablement dans la fourchette basse »    

 

 Rachel Warren ajoute que ces estimations de perte d’habitat se situent « probablement dans la fourchette basse », car elles ne prennent en compte que l’impact de la hausse des températures et pas les évènements extrêmes induits par le changement climatique comme les cyclones ou les inondations.

 

De plus, « les populations d’animaux en particulier pourraient disparaître plus que nous ne l’estimons avec moins de plantes disponibles pour les nourrir ».

Ces changements auront également des répercussions sur l’homme, avertit Rachel Warren, car « il y a des espèces qui sont importantes pour la purification de l’eau et de l’air, pour limiter les inondations et le cycle de l’alimentation ».

 

Des réactions pas à la hauteur de la menace    

 

 Pourtant,  les réactions à ces menaces sont empreintes d’irresponsabilité.

Par exemple, l’objectif à l’échelle européenne est que d’ici 2050, les fournisseurs d’électricité produisent de l’énergie sans émettre de dioxyde de carbone (CO2).

 

On en est loin, comme le démontre une enquête faite par la chaîne de télévision Arte intitulée « La fausse promesse d’une énergie propre » – http://www.lavenir.net/article/detail.aspx?articleid=DMF20130514_00310218 -.

 

Un constat sévère sur l’industrie du biogaz, qui se développe…

« Pour alimenter cette filière, il faut de la biomasse, matière organique qui, après transformation, produira de l’énergie.

À l’origine, celle-ci devait provenir des déchets agricoles.

Mais, au final, les exploitants préfèrent cultiver du maïs, et utilisent pour cela… du fioul ».

 

L’enquête diffusée sur ARTE    

 

 Selon cette enquête, l’essence consommée par les 7 500 centrales de biogaz allemandes génère ainsi 2,5 millions de tonnes de CO2 par an.

Des données qui… « ne rentrent pas dans le bilan carbone de l’Union européenne » !

 

Autre secteur pointé du doigt dans l’enquête : les biocarburants.

« En Europe, l’extension de sa production se fait au détriment des parcelles en fourrage ou des tourbières qui constituent d’importantes réserves de CO2.

Au Brésil, elle provoque la destruction de pans entiers de la forêt amazonienne, libérant au passage des tonnes de gaz à effet de serre ».

 

Conclusion d’Arte : partout, des multinationales régissent le marché de l’énergie.

Objectif : se faire un maximum d’argent.

 

Un manque flagrant d’anticipation : le dernier rapport d’Eurelectric    

 

 Ainsi, sans réelle anticipation, par exemple par des investissements précoces, l’Europe est confrontée à une « décennie perdue » d’inaction politique en matière de climat et d’énergie entre 2020 et 2030.

 

La « décarbonisation » à opérer sera alors extrêmement coûteuse au cours des deux décennies suivantes, selon un nouveau rapport d’Eurelectric, intitulé « Power Choices Reloaded ».

 

Eurelectric est une association qui représente le secteur européen de l’électricité.

 

Trois scénarios de décarbonisation, dont celui de la « décennie perdue »   

 

 Dans ce rapport, Eurelectric a élaboré trois scénarios de décarbonisation : un scénario de référence par rapport aux politiques actuelles, un scénario optimal en termes de coût et un scénario de « décennie perdue ».

  

Pour Pantelis Capros, l’auteur du rapport, « la perspective d’ensemble de « décennie perdue » coûterait deux points de pourcentage du PIB par an jusqu’à 2050, outre les coûts d’une décarbonisation optimale ». 

« C’est à peine réaliste de décarboniser aussi rapidement après 2030 ».

 

Le rapport note que

« la réalité aujourd’hui est un mélange de crise économique, de morosité dans les ressources financières et de préoccupations sur les conséquences des prix [de l’énergie] ».

 

« Le consensus est un inconvénient, mais on doit envisager de nouvelles occasions pour l’activité, la croissance, l’emploi, des substituts pour les carburants fossiles importés et une sortie de la crise actuelle ».

 

Une transition radicale pour parvenir à la neutralité carbone  

 

 Pantelis Capros

Selon Pantelis Capros, « la neutralité carbone d’ici 2050 nécessite une transition radicale grâce à des investissements continus du secteur énergétique dans de nouveaux actifs de production, de nouvelles capacités de stockage, de technologies intelligentes et de nouveaux réseaux ».

 

« Mais […] les investissements et la recherche dans le secteur énergétique dépendent essentiellement de la force du signal carbone que la politique européenne envoie à l’ensemble de l’économie. »

 

Le scénario de « décennie perdue » comprend des retards dans le développement des voitures électriques, l’efficacité énergétique des bâtiments, les réseaux, les énergies renouvelables et l’accès restreint à des fonds d’investissement.

  

Dans l’état actuel des choses, le secteur des énergies renouvelables et les planificateurs d’infrastructure se plaignent systématiquement d’un manque de financement et de signaux clairs.

 

Tout cela alimente donc les craintes des investisseurs.

 

La nouvelle étude de l’association qui représente le secteur européen de l’électricité suscitera un malaise à Bruxelles sur la direction à long terme et les coûts de sa stratégie de réduction des émissions.   

 

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6 Commentaires sur

Alerte climat – Danger : par manque d’anticipation, on joue avec le feu

  • RapNo Gravatar |

    vu le temps en ce moment il y a vraiment un problème de réchauffement climatique

  • Michele KeithNo Gravatar |

    Une serre classique à chéneaux de 2,4 m de hauteur contient un volume d’air d’environ 400 m3 par 100 m2 de surface au sol. Pour porter les concentrations de CO2 de 300 à 1 300 ppm, il faudra apporter un supplément de 1 000 ppm (0,1 %) de CO2, soit 0,40 m3 ou 0,75 kg de CO2 par 100 m2 de surface au sol. Cette quantité devrait être apportée avant le lever du soleil car l’activité photosynthétique est généralement plus élevée tôt le matin. Une fois le niveau de 1 300 ppm atteint, il reste à le maintenir. Le niveau de gaz carbonique dans une serre est abaissé par les échanges gazeux naturels et par la photosynthèse.

  • Eliza FerrellNo Gravatar |

    Les gaz à effet de serre (GES) sont des composants gazeux qui absorbent le rayonnement infrarouge émis par la surface terrestre contribuant à l’ effet de serre . L’augmentation de leur concentration dans l’ atmosphère terrestre est l’un des facteurs à l’origine du récent réchauffement climatique .

  • Bryan StewartNo Gravatar |

    Les mesures précises du CO2 atmosphérique ont débuté en 1958. Il représente environ 63% du pouvoir radiatif global des gaz à effet de serre. Il a contribué à l’augmentation de ce forçage à hauteur de 90% depuis 5 ans (OMM, 11/2008).

  • casque shoeiNo Gravatar |

    Je ne comprends pas pourquoi on en est encore à douter des effets du rechauffement climatique: ils sont évidents et multiples. Les multiples bouleversements dans les saisons partout à travers le monde en sont une preuve pour moi en tout cas!

  • Kristen Q. HarrellNo Gravatar |

    Un autre économiste, Nicholas Stern, auteur d’un rapport sur les coûts de l’inaction qui avait fait beaucoup de bruit en 2006 , rappelle qu’en fait, avec une telle tendance à la hausse des gaz à effet de serre, ce ne sont plus deux degrés qui sont dans notre ligne de mire, mais quatre degrés.

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