Éducation nationale : une grave crise de confiance

 

   Le Snes,principal syndicat du secondaire lance un cri d’alarme.

 

Il parle de « point de rupture face à l’effet cumulatif des suppressions de poste et de réformes mal conçues (notamment la réforme du lycée et de la formation des enseignants) ».

 

Il faut rappeler que pour cette rentrée scolaire, pas moins de 16 000 postes ont été supprimés.

 

« La loyauté à l’égard de l’institution ne veut pas dire l’aveuglement », précise Patrick Roumagnac, secrétaire général du SI.EN-UNSA, principal syndicat d’inspecteurs de l’éducation nationale.

 

Les critiques  se concentrent sur la réforme de la formation des enseignants « qui percute tout le système de la maternelle à la terminale » et « va mobiliser les conseillers pédagogiques et inspecteurs auprès des enseignants débutants au détriment de la formation permanente de ceux déjà dans le métier », selon Patrick Roumagnac.

 

LES SUPPRESSIONS DE POSTE « PLOMBENT LES RÉFORMES »

 

Les critiques portent également sur les suppressions de poste qui « plombent toutes les réformes, même celle plutôt positive du lycée », regrette Philippe Tournier, secrétaire général du syndicat des chefs d’établissement, le SNPDEN.

 

Patrick Roumagnac va plus loin : 

 

« Quand le ministère affirme qu’on va faire mieux tout en réduisant les moyens, on nous prend vraiment pour des idiots ».

 

Et il rajoute :

 

« Le gouvernement pourrait au moins présenter les réformes comme une conséquence des restrictions budgétaires, en assumant la dégradation des conditions de scolarisation ».

 

« Dès qu’une mesure est annoncée, chacun cherche à savoir quels postes sont visés derrière, ce qui renforce les réactions conservatrices », s’insurge Philippe Tournier.

 

« Nous partageons l’analyse selon laquelle une partie du blocage du système est liée à sa gouvernance, à l’absence de management pédagogique, mais on ne fait pas de grandes réformes dans la pénurie ».

 

LES ÉTABLISSEMENTS DE RÉINSERTION SCOLAIRE

 

Philippe Tournier affiche son scepticisme devant la mise en oeuvre en septembre d’une dizaine d’établissements de réinsertion scolaire regroupant les collégiens « particulièrement perturbateurs ».

 

Il argumente :

 

« dans les années 1930, on a dû fermer les maisons de redressement où on stockait les « apaches » qui terrorisaient les faubourgs, car elles étaient devenues des foyers de délinquance.

De plus, nous sommes en plein Foucault avec cette mise à l’écart de populations, implicitement considérées comme irrécupérables ».

 

Patrick Roumagnac évoque « une crise de confiance » des corps d’encadrement, pris entre le marteau et l’enclume.

 

« Les inspecteurs de l’éducation nationale ont de plus en plus de difficultés à communiquer avec la hiérarchie (directions des services départementaux de l’éducation et rectorats), celle-ci recevant elle-même beaucoup de pressions, notamment politiques », dit-il.

 

DES RÉFORMES DANS LE PLUS GRAND SECRET

 

« Les réformes se préparent dans le plus grand secret de la hiérarchie, on évoque des consultations mais elles s’arrêtent au niveau des inspecteurs d’académie »,regrette Patrick Roumagnac.

 

« Alors que la réforme des programmes du primaire en 2002, par exemple, avait fait l’objet de longues concertations et de différentes versions pour aboutir à un consensus, les réformes actuelles sont menées au pas de charge, dans la précipitation », décrit-il.

 

Et de railler : « La seule fois qu’on a sollicité notre imagination, et encore, ça a été sur les moyens de supprimer des postes ! ».

 

Assouplissement de la carte scolaire dès la rentrée 2007, réforme de l’école primaire, de la formation des enseignants, puis du lycée, mise en place d’un accompagnement éducatif, de stages de remise à niveau en primaire et au collège, de stages d’anglais au lycée, tels sont les éléments d’une première salve…

 

Mais aussi états généraux de la sécurité à l’école, expérimentation d’établissements Clair destinés à remplacer les ZEP sans même un bilan de ces dernières, expérimentation du « cours le matin, sport l’après-midi » sans attendre les conclusions de la commission sur les rythmes scolaires nommée au printemps…

 

DES RÉFORMES EXPÉDITIVES À GRANDE VITESSE

 

Et enfin création d’internats d’excellence, d’établissement de réinsertion scolaire, généralisation du livret de compétence au collège, etc.

 

« Tout doit être fait tout de suite, on doit voir les résultats dans les trois mois et, si ce n’est pas le cas, dire qu’on les voit tout de même », dénonce Patrick Roumagnac.

 

Et tant pis si les rapports qui permettraient des ajustements tardent.

 

Les dernières prévisions d’effectif d’élèves publiées par le ministère de l’éducation (qui prévoyaient une remontée des effectifs dès 2010) remontent ainsi à avril 2007.  

 

Lassé d’attendre un enquête du ministère sur les effets de l’assouplissement de la carte scolaire, le SNPDEN l’avait elle-même effectué, concluant à une aggravation de la situation des établissements de ZEP ainsi qu’à une déstabilisation des établissements moyens.

 

UNE LOGIQUE STUPÉFIANTE

 

Ce qui n’empêche pas le ministère de l’éducation de claironner que pour cette rentrée 2010, « le dispositif contribue à réduire les inégalités » puisque « le nombre de demandes de dérogations est en augmentation et atteint en 2010 environ 11% des élèves entrant en sixième et en seconde ».

 

La logique est stupéfiante : le ministère se félicite que de plus en plus d’élèves cherchent à fuir l’établissement public de leur quartier. Patrick Roumagnac y voit « une confusion de plus en plus grande entre le registre du pédagogique et du politique ».

 

Quand à Philippe Tournier, il ironise sur les différentes postures médiatiques de Luc Chatel : « Nous sommes le seul pays d’Europe où on commence à parler de sanctions qu’on va donner aux élèves, avant même qu’ils ne soient rentrés ».

 

Sans commentaires !

(Sources : Mediapart)

 

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5 Commentaires sur

Éducation nationale : une grave crise de confiance

  • EricNo Gravatar |

    La stratégie du gouvernement est claire : abrutir les enfants, pour qu’ils ne deviennent pas des femmes et des hommes éclairés, responsables.
    A quand le port de l’uniforme sous le « voile » d’une pseudo égalité des chances.

  • ChloéNo Gravatar |

    il est à nouveau question des rythmes scolaires et du calendrier scolaire. une enquête est lancée, on verra à La Réunion si les enseignants sont figés sur leurs positions: on ne touche pas au calendrier actuel, car ça permet de partir deux fois en vacances. Et tant pis pour les enfants s’ils ont trop chaud en janvier / février

  • Jean-JacquesNo Gravatar |

    Le Parlement a adopté définitivement mercredi soir une proposition du député UMP Eric Ciotti prévoyant la suspension des allocations familiales pour absentéisme scolaire, sur demande d’un inspecteur d’académie. Le Sénat a voté sans le modifier le texte déjà adopté le 29 juin par les députés, ce qui rend l’adoption définitive. Ce texte répond à un vœu répété à de nombreuses reprises par Nicolas Sarkozy, qui a qualifié de « priorité absolue » la lutte contre ce « cancer ».
    « Pour certaines familles, l’aide et le dialogue ne suffisent pas. Certaines familles refusent d’assumer leur autorité sur leur enfant, laissent libre cours à son absentéisme » a plaidé Luc Chatel (Education), pour qui la suspension des allocations est « un ultime recours ».
    C’EST INACCEPTABLE – TOUS DANS LA RUE LE 23 SEPTEMBRE

  • LaurentNo Gravatar |

    @Jean-Jacques

    Tout à fait d’accord : la mesure est ignoble, simpliste, inefficace, populiste, agressive, discriminatoire, indécente etc.
    On nous parle d’une explosion de l’absentéisme. 1% d’augmentation, c’est une explosion ? Alors, si tel était le cas, avec une hausse de plus de 1% du coût de la vie, on est en droit d’exploser.

  • ArsinoéNo Gravatar |

    @Jean-Jacques et Laurent
    Cela ne fait que confirmer cette politique malsaine menée depuis des mois et des mois par ce gouvernement. C’est démagogique, c’est stigmatisant, c’est de l’autoritarisme. Cette idée aurait pu être développée par le front national. C’est comme l’histoire de l’ARS versée en bons d’achat : une infantilisation des familles.

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