Restauration collective et agriculture : à quand l’union sacrée des collectivités ?

Agriculture 974 A quand une politique de restauration scolaire résolument orientée vers la consommation de produits locaux, frais de préférence ? Je l’ai à nouveau évoqué lors de la signature de la convention de partenariat entre l’EPLEFPA (l’Etablissement Public Local d’Enseignement et de Formation Professionnel Agricole), plus connu sous le nom de Lycée agricole, de Saint-Joseph et la Coopémiel pour la mise en place d’un rucher d’abeilles et l’accompagnement des lycéens dans la formation d’apiculteurs. Je reviendrai sur ce sujet lors d’un prochain article.

Mais je voudrais ici exposer quelques éléments de contexte permettant d’appréhender l’enjeu de l’objectif « Produire et consommer réunionnais », grâce à l’implication des institutions de notre île.

1°- Il existe déjà une volonté de consommer les produits locaux. Mais ce sont des initiatives localisées et circonstancielles.

2°- Une politique de restauration collective propice à encourager l’augmentation de la production locale nécessite que toutes les institutions concernées soient sollicitées et mobilisées.

3°- Nous devons convenir que la « mémoire » alimentaire se stimule dès le plus jeune âge. Certains spécialistes avancent aujourd’hui que dès la grossesse, le futur bébé est influencé par le régime alimentaire de la mère. Mais bien que nous devrions donc réfléchir à des campagnes d’information à l’attention du grand public, il nous faut d’ores et déjà tenter de relever le défi posé par les rationnaires actuels des cantines.

4°- Ainsi, une politique d’envergure ne saurait se concevoir à l’échelle étroite des collèges ou des lycées. Il est donc indispensable d’associer les communes, ou leur communauté d’agglomérations si elles transfèrent à ces dernières la compétence en matière de commande de produits destinés à la restauration scolaire, pour disposer de l’économie d’échelle.

5°- Puisqu’il est indispensable d’avoir une approche globale, pourquoi ne pas associer des structures publiques qui de manière permanente assument une importante activité de restauration collective, tels les établissements publics hospitaliers (Centre Hospitalier Universitaire Félix Guyon, GHSR – Groupe hospitalier Sud Réunion -, GHER – Groupe Hospitalier Est Réunion -) ?

Aujourd’hui, les commandes concernant la restauration scolaire des rationnaires des collèges et des lycées se font par un groupement d’achats géré au Lycée des Avirons.

Hélas, le personnel affecté à ce groupement d’achats est plus que réduit. Les efforts déployés par ces gestionnaires sont louables, mais ne peuvent répondre aux exigences du défi à relever.

En effet, encourager le plus possible la consommation de produits frais locaux nécessite que les marchés soient adaptés aux dimensions locales, à apprécier parfois à une échelle micro-régionale. Chacun mesure alors que de tels volumes réduits, s’ils favorisent un meilleur « bilan carbone » du fait de trajets courts pour l’approvisionnement des cantines concernées, imposent des lots multipliés que seul un personnel administratif plus fourni doit gérer.

Qui va alors supporter ces coûts générés par le recrutement d’un personnel plus conséquent ?

Cette question relève de la responsabilité des collectivités locales, auxquelles pourraient se joindre les groupes hospitaliers. Ces institutions pourraient se regrouper dans un syndicat mixte de gestion des commandes à effectuer. La prise en charge des frais de personnel serait alors partagée, donc plus supportable pour chaque collectivité ou établissement public.

Certes, la tâche n’est pas si simple : en effet, il faut compter sur les fluctuations de la production selon les produits concernés, fruits, légumes, ou encore viande.

Mais si la volonté est forte chez les décideurs, alors d’autres mesures devront être prises : d’abord l’aide à l’organisation de la production, par un accompagnement plus soutenu des producteurs, au moyen par exemple d’une dotation à la Chambre d’agriculture de la part des différents partenaires au projet, ensuite par l’aide à la réalisation de structures de conditionnement et de conservation des produits, pour réguler le marché des commandes.

Cette démarche est essentielle pour favoriser l’atteinte des objectifs fixés pour 2020 par les Cahiers de l’agriculture du Département et le PRAAD (Plan Réunionnais de Développement Durable de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire).

image A l’occasion de mon séjour aux Comores en juillet dernier pour représenter le Département au IVème sommet des chefs d’Etat de la COI, j’ai  discuté de ce projet avec la vice-présidente de la Région Huguette Vidot. Elle m’avait fait part de son vif intérêt pour engager une telle démarche. J’espère donc la rencontrer prochainement. Je ne manquerai pas de vous en faire part.

En tout état de cause, je me réjouis d’une telle volonté. Car elle justifie la proposition que j’avais faite voilà un an de mettre en place une plateforme internet où l’internaute pourrait juger de l’état de santé de l’agriculture réunionnaise, de ses faiblesses, mais aussi de ses atouts, et ce filière par filière.

Cette plateforme serait une singulière réponse à celles et ceux qui affirment tout de go que les responsables de l’agriculture réunionnaise ne font pas l’effort de diversification. Et comme il faudrait que cette plateforme ne soit pas qu’une vitrine de l’agriculture d’hier et d’aujourd’hui, elle pourrait servir de site où les soumissionnaires aux marchés d’approvisionnement de la restauration collective y trouveraient les appels à concurrence.

Du pain sur la planche, ou du riz dans l’assiette, c’est selon… Au travail !

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