France : et si la croissance dormait au fonds des océans ?

 

   C’est la question que s’est posée  Michel Cabirol , journaliste à La Tribune. Voici son analyse.

Grâce à sa très vaste zone économique exclusive (ZEE), la France pourrait potentiellement devenir dans les dix à vingt prochaines une puissance pétrolière, gazière et minière.

 

Mais elle n’est pas le seul pays à lorgner toutes les richesses en hydrocarbures et minérales qui dorment au fond des océans.

La Chine est déjà très agressive.

 

Et c’est déjà la course aux permis d’exploration dans les eaux internationales.

 

On ne le sait que trop peu… La France dispose de la deuxième zone économique exclusive (ZEE) derrière les Etats-Unis avec 11 millions de kilomètres carrés, dont 90 % dans les départements et collectivités d’outre-mer (Dom-Com), souvent des îlots du bout du monde où la marine nationale patrouille de moins en moins faute de crédits.

 

Et alors ? C’est peut-être du fonds des océans (71% de la planète) que la France va devenir une grande puissance pétrolière, gazière et minière, dont les fameuses terres rares, dans les dix à vingt prochaines années, à l’image des découvertes récentes de pétrole au large de la Guyane.

 

Une solution durable ?

 

C’est peut être également des grands fonds océaniques que la France trouvera enfin une croissance durable.

 

« Nous sommes très confiants dans l’avenir court terme de l’exploitation minière sous-marine par grande profondeur », avait expliqué au début de l’année lors d’un colloque organisé par le Centre d’études supérieures de la Marine le vice-président de Technip Subsea Innovation Management, Jean-Pascal Biaggi.

 

D’autant que la France, grâce à des groupes tels que Technip ou des organismes comme l’Ifremer, dispose d’une réelle expertise scientifique et industrielle pour l’exploration des fonds sous-marins.

 

À Wallis-et-Futuna, une exploration prometteuse

 

Déjà à Wallis-et-Futuna, perdue dans l’océan Pacifique, entre Tahiti et la Nouvelle-Calédonie, trois campagnes d’exploration menées en partenariat public/privé (Ifremer, Technip et Eramet, Areva ayant depuis abandonné le projet) en 2010, 2011 et 2012 se sont révélées prometteuses.

 

« Des découvertes intéressantes ont été faites », avait-il précisé.

Notamment des sulfures hydrothermaux, riches en cuivre, zinc, plomb, cobalt, argent et or, voire d’autres minéraux moins connus comme

l’indium (utile notamment pour les écrans plats LCD et les cellules photovoltaïques) et

le germanium (fibres optiques, l’optique dans le domaine de l’infrarouge, catalyseurs et électronique).

 

« Potentiellement, le projet Wallis-et-Futuna pourrait devenir à horizon 2015/2016 le premier projet d’exploitation minière par grands fonds de la France », avait-il assuré.

 

Pas si sûr car il faut en général une quinzaine d’année entre la première phase d’exploration et l’exploitation dans le domaine minier terrestre.

 

Richesse du fond des océans

 

Que peut-on espérer ? Selon le directeur scientifique adjoint de l’Ifremer, Pierre Cochonat, bien sûr du pétrole et gaz offshore.

 

« Au cours de l’histoire de notre planète, des couches de sel se sont formées dans certaines parties de l’océan mondial, sous lesquelles se cachent des réserves importantes d’hydrocarbures », précise-t-il.

 

Notamment dans « l’ultra profond ». Soit dans les marges (zones de transition entre la croûte continentale et la croûte océanique), riches en accumulations d’hydrocarbures, les plaines abyssales ou les dorsales océaniques, riches en ressources minérales.

 

Déjà, la production en mer d’hydrocarbures représente aujourd’hui plus de 30 % de la production mondiale.

Les Français peuvent espérer découvrir des hydrates de gaz, composés à 99 % de méthane.

 

« On les trouve à partir de 400 mètres dans le fonds des mers », avait précisé Pierre Cochonat.

« Dans des zones à taux de saturation élevé en gaz, des couches continues de gaz hydrates sont présentes sur les fonds marins, qui représentent des réserves très importantes de méthane ».

 

Du méthane !

 

La France peut également espérer de ressources minérales profondes, notamment les métaux rares comme le néodium qui sert à faire des aimants pour les éoliennes. Mais pas seulement.

 

Au fond des océans, on trouve des nodules polymétalliques, riches en nickel, cuivre, zinc et manganèse.

La France a d’ailleurs déposé des permis dans le Pacifique.

 

Et elle est également très intéressée par les encroûtements cobaltifères (cobalt, nickel, platine et manganèse), dont les plus riches dans la ZEE française sont localisées en Polynésie.

 

On y trouve également des métaux critiques (terres rares).

Outre l’indium et le germanium, la France pourrait exploiter des gisements de cadmium, antimoine, mercure, sélénium, molybdène et bismuth.

 

Une course vers les métaux rares dans les grands fonds

 

Mais la France n’est pas la seule à lorgner ces richesses sous-marines.

Il existe un engouement très fort pour la recherche et l’exploration des océans de la part de certains pays, dont la Chine mais aussi la Corée, la Russie, le Japon, l’Inde et le Brésil…

 

Ainsi, la société canadienne Nautilus n’est plus très loin d’exploiter au large de la Papouasie Nouvelle-Guinée des amas sulfurés.

« Ce projet sera opérationnel en juin 2014 », expliquait le vice-président de Technip Subsea Innovation Management, qui fournit l’ensemble du système de la liaison fond/surface.

Ce site devrait produire 1,3 à 1,4 million de tonnes par an d’or et de cuivre.

 

« La course vers les métaux rares recouvre des enjeux économiques et géopolitiques », confirme Pierre Cochonat.

Et d’estimer que

« c’est un enjeu très important pour le positionnement international des équipes scientifiques et des groupes miniers français, avec des enjeux juridiques derrière les demandes de permis dans les zones économiques ou dans les eaux internationales. Ces métaux rares sont stratégiques ».

 

Car ils sont utilisés dans de nombreuses nouvelles technologies, y compris les énergies renouvelables.

C’est ce que confirmait le chef d’état-major de la marine, l’amiral Bernard Rogel :

« c’est une richesse qu’il nous faut exploiter mais aussi protéger car on ne peut plus aujourd’hui se désintéresser de ce potentiel immense ».

 

Quelle protection ?

 

Problème, la marine, qui gère la pénurie – elle est en mode de juste suffisance – n’a plus les capacités de protéger en permanence tous ces îlots.

« Si nous ne surveillons pas notre ZEE et ne montrons pas notre pavillon, nous serons pillés », a récemment assuré l’amiral Rogel.

 

Déjà, la France est confrontée à une contestation de sa souveraineté sur certains de ses îlots du bout du monde tel que

l’île de Clipperton aux confins de l’océan Pacifique, située à 1.280 kilomètres d’Acapulco au Mexique,

les îles Eparses dans l’océan Indien situées autour de Madagascar, ou, enfin,

Matthew et Hunter, deux petites îles inhabitées du Sud Pacifique, à 300 km à l’est de la Nouvelle-Calédonie.

 

Pour protéger cette très vaste ZEE, la France dispose en tout et pour tout… de six frégates de surveillance et de 20 patrouilleurs.

« On est loin de couvrir en permanence toute la superficie de la ZEE », indique le chef d’état-major de la marine.

 

Sans compter que la France tout comme d’autres pays, notamment la Chine, dépose des permis d’exploration dans des eaux profondes internationales…

Michel Cabirol  (La Tribune)

 

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