Institutions – Collectivités locales – Transferts de compétences : perdre un peu pour gagner beaucoup ? (4ème volet)

  La classe politique réunionnaise va-t-elle se saisir de l’opportunité qui lui est offerte avec le projet de décentralisation, pour faire part de ses ambitions pour La Réunion ?

Je sais, c’est une question redoutable, certains ne voyant le développement de l’île que par le biais des échéances électorales.

 

« Tous pourris » remplacé par « tous incapables » ? 

 

Ce n’est pas gagné donc.

Pas plus que ne l’est la question de savoir si chaque strate de collectivité peut accepter de perdre un peu pour gagner beaucoup !

 

Sur le fait de vouloir gagner beaucoup, gageons que là, il y a unanimité.

Chacun voulant le meilleur – et toujours plus – pour ses administrés.

 

Des administrés que d’ailleurs, l’on n’interroge que lors des consultations électorales, puisqu’ils sont censés se déterminer pour un projet et non pour une femme ou un homme.

Mais ces administrés, comment perçoivent-ils les collectivités ?

 

Le sempiternel « tous pourris » a gangréné bien des convictions. 

Aujourd’hui, ce « jugement » est atténué… si l’on peut dire, par un « tous incapables ».

 

Le citoyen sait-il « qui fait quoi » ? 

 

Ceci étant dit, sans tomber ni dans l’angélisme ni dans la caricature, il n’est pas du tout sûr que les Réunionnais sachent qui fait quoi.

 

Certes, on va « voir le maire » pour avoir un logement.

Ou un travail, pardon, plutôt un « ti contrat ».

 

Parce que c’est l’élu de proximité par excellence, on voit le maire.

Mais souvent, on le voit pour des compétences qu’il ne détient pas : il n’est qu’opérateur dans le domaine.

 

La cheville ouvrière qui s’implique et fait que les choses avancent (ou n’avancent pas, d’ailleurs).

 

Il est plus généralement entré dans l’analyse que le département s’occupe des collèges et la région des lycées, les écoles primaires et maternelles relevant des communes. Cela semble plus compris.

 

La question des routes 

 

Mais prenons la question des routes.

Comment voulez-vous que l’on s’y retrouve, quand on n’appartient pas « au sérail » ?

 

Comment peut-on expliquer que la route qui va vers le cirque de Salazie est une route départementale et que celle qui va au cirque de Cilaos soit une route nationale ?

Cette route de Salazie est-elle en meilleur état, ou moins dangereuse, que celle de Cilaos ?

 

Certes, elles ne rencontrent pas le même relief ou les mêmes contraintes géographiques.

Mais le résultat est là !

 

Maintenant que l’État s’est déchargé de ses routes nationales et les a confiées à la Région, va-t-on assister à un rééquilibrage de la situation ?

 

Tout d’abord, lorsque nous étions à la Région, en 2004, nous avions refusé ce transfert.

Parce que les moyens financiers n’allaient pas suivre.

 

Encore un transfert de charges sans ressources légitimes 

 

Et parce que le réseau national tel que l’État voulait le transférer n’était pas aux normes de sécurité et encore moins dans un état satisfaisant.

L’État est passé outre.

 

À La Réunion de faire avec.

Ou sans, c’est selon.

 

C’est une dure épine dans le pied de la Région.

La remise en état de cette route a un coût extrêmement élevé.

 

Qui va payer ? La Région seule ? L’État ? L’Europe ?

 

Quoi qu’il en soit, cette question des routes est très révélatrice d’une aberration : chaque collectivité bitume ce qui lui appartient, en fonction de ses moyens financiers.

Ce qui explique que certaines communes plus riches ont un réseau routier en meilleur état.

 

Mais soyons réalistes : sur un territoire de 2.500 km2, est-il judicieux de morceler ce réseau ? 

 

Pourquoi ne pas mutualiser la responsabilité ? 

 

Ne serait-il pas plus logique – et surtout plus efficace – de créer un « pot commun », une régie réunionnaise ou toute autre structure équivalente, qui globalise les fonds, mutualise les expériences ?

 

Pourquoi les habitants de Cilaos n’auraient-ils pas droit à une route aussi sécurisée que celle de Salazie ?

Ou pourquoi les habitants de tel écart ne bénéficieraient-ils pas d’une voie de désenclavement ?

 

L’État a donc refilé ses compétences en matière de routes nationales, mais la situation ne s’est pas pour autant améliorée à La Réunion.

Ce n’est donc pas une question de répartition de compétences entre l’Etat et une collectivité locale.

 

C’est bien une question de répartition (financière) discriminatoire entre les collectivités locales.

 

Cela est doit être un élément à prendre en compte dans les réflexions sur le l’acte III de la décentralisation.

Les élus réunionnais ont montré (enfin certains) qu’ils pouvaient réaliser des grands projets.

Mais est-ce qu’ils sont prêts à aller plus loin ?

 

Bien sûr, certains seraient très contents de se débarrasser de cette question du réseau routier, en le confiant à d’autres.

Certains auraient pu y trouver à redire, ceux pour qui, encore aujourd’hui, le fait de bitumer une voie est un gage d’emporter une élection !

 

L’exigence d’une réflexion locale 

 

Cette décentralisation, troisième volet, doit donc impérativement s’accompagner d’une réflexion locale.

 

Les élus sont-ils prêts à perdre certaines de leurs prérogatives pour faire avancer la situation ?

Si de manière générale, on peut penser que la question est « oui » pour la partie « route », on peut en être moins sûr pour ce qui est de la partie « emploi ».

 

L’État veut donner plus de compétences aux Régions en matière d’emploi.

Une décision qui peut être intéressante mais qui peut également s’avérer dangereuse.

 

Chacun connaît l’opacité qui entoure l’attribution de ces fameux contrats dits aidés, notamment les emplois verts.

Si l’État renvoie à la Région la compétence de gérer la totalité du dossier, cela peut être très néfaste, au vu de la pratique quelque peu étrange de certains.

 

C’est pourquoi, depuis des années, avec le PCR, j’ai proposé que ces contrats soient attribués non pas par des élus seuls.

J’ai proposé qu’ils fassent l’objet d’une attribution par un groupe réunissant institutionnels, politiques et habitants.

 

Au nom du respect de nos spécificités, au vu du principe énoncé par le gouvernement (par la voix de la ministre Lebranchu) et par ceux chargés de défendre les collectivités locales (les sénateurs et notamment le président du Sénat), on peut parfaitement imaginer que les nouveaux transferts de compétences soient assortis de dispositifs spécifiques.

 

(À suivre)

 

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