Élections présidentielles – Social – Le SMIC à 1.700 euros brut : oui, et alors ?

 

   La proposition de Jean-Luc Mélenchon suscite bien des commentaires, sur la sincérité de l’idée, les conditions de son application et les conséquences que cela peut entrainer.

Avant d’adopter une position péremptoire, quelles sont les données à prendre en considération ?

 

Augmentation symbolique et nécessaire

 

Tout d’abord, deux précisions :

 

– Le Smic n’est pas un salaire mensuel, c’est un taux horaire.

Au 1er janvier 2012, le taux horaire du SMIC passe de 9,19 euros à 9,22 euros, soit 1.398,37 euros par mois sur la base d’une durée hebdomadaire de travail de 35 heures.

 

– Il existe à La Réunion des dispositifs permettant l’exonération de charges sociales pour des salaires de 1 ou de 1,5 voire 2 fois le SMIC.

 

Pour ma part, j’estime que le Smic à 1.700 euros est une proposition importante pour relancer la croissance.

Je rappelle, au cas où certains l’auraient oublié, que les dernières prévisions de croissance s’annoncent plus que très faibles pour 2012.

 

Et ce n’est pas parce qu’il n’y a plus de croissance qu’il faut répartir la pénurie, bien au contraire !

Une augmentation du SMIC est donc une mesure à la fois symbolique et nécessaire.

 

L’argumentation du Front de Gauche

 

Cela est bien expliqué par Jacques Rigaudiat, qui est membre du conseil de campagne du Front de gauche :

« La croissance s’alimente par la consommation intérieure.

Le Smic à 1.700 euros est une nécessité politique, mais il ne faut pas se focaliser sur cette seule mesure, car elle fait partie d’un modèle, plus large, de développement qui comprend le développement du travail productif, et prend en compte la transition écologique ».

 

Jacques Rigaudiat poursuit son raisonnement :

« Il faut rénover la fiscalité, mais ça ne suffit pas.

Pour avoir le moins possible à corriger l’injustice, il faut éviter de la créer en amont et donc avoir une distribution primaire des revenus plus juste.

La justice sociale, ce n’est pas uniquement de l’après coup ».

 

Peut-on vivre bien avec 1398,37 euros par mois ?


Chacun sait bien qu’il est pratiquement impossible de vivre avec les minima sociaux.

Certains estiment que le SMIC est déjà un salaire permettant de mieux vivre.

 

Or, avec 1.398,37 euros brut par mois, vit-on bien, notamment à La Réunion ? Bien sûr que non ! 

Ceux qui voient dans cette proposition d’augmentation du SMIC à hauteur de 1.700 euros bruts sont probablement opposés à toute forme de progrès social.

 

Ou peut-être touchent-ils de telles sommes qu’ils ne peuvent se rendre compte de ce que c’est que de percevoir le SMIC.

Cela ne choquera pas non plus – enfin, cela ne devrait pas choquer – ceux qui ont vu leur salaire être gelé.

 

Je pense ici aux fonctionnaires : toute proportion gardée, bien évidemment, ils comprennent que le gel d’un salaire n’est pas un élément de nature à relancer la consommation, alors qu’une augmentation, au contraire, est un élément décisif.

 

Une offensive rigoriste généralisée

 

Même si, certains le disent aujourd’hui, nous sommes plus « fourmis » que « cigales » : l’inquiétude face à un avenir sombre engendre un réflexe d’épargne.

 

Ou bien, ce sont ceux qui estiment que les Grecs touchant un SMIC de 750 euros, sont suffisamment payés, l’essentiel étant d’augmenter la compétitivité.  

 

C’est dans la même lignée philosophique que ceux qui estiment qu’à l’instar d’autres pays européens, il faut sinon baisser, au moins geler le SMIC : début 2012, dans les pays baltes, les salaires de base avaient déjà baissé de 15 à 20% !

 

Ceux qui pourraient être inquiets sont les chefs d’entreprises.

Le tissu économique réunionnais est composé essentiellement de TPE et de PME.

 

Le précédent de la prime COSPAR


Lors des négociations entre le Cospar et les chefs d’entreprises, et notamment les quelques 40.000 petites entreprises de moins de 10 salariés, il avait été souligné que celles-ci ne pourront pas supporter la charge sociale d’une hausse de salaire de 50 euros.

 

La prime COSPAR, c’est ce bonus pour les salariés touchant jusqu’à 2,16 SMIC, selon une échelle progressive.

Près de 100.000 Réunionnais avaient bénéficié du dispositif.

 

Lors d’une conférence de presse, les présidents des Chambres de Métiers, de Commerce et d’Agriculteur avaient sollicité des aides pour les chefs des petites entreprises de certains secteurs (agriculture, commerce, services et artisanat) ayant un revenu inférieur au SMIC  puissent bénéficier du RSA.

 

Les présidents des chambres consulaires avaient également rajouté :

« Nous souhaitons également une revalorisation des pensions de retraite, a minima dans un premier temps, au niveau du seuil de pauvreté, et le versement d’une prime annuelle exceptionnelle de 300 € et ce dans l’attente d’une hausse du SMIC ».

 

L’intervention de l’État est possible !

 

Et l’État avait aidé.

 

Bon, c’était en mars 2009, lors de la lutte COSPAR. Depuis, si des entreprises ont fermé, rien ne permet de dire que c’est la faute à la prime COSPAR.  

Et pour cause ! La raison la plus souvent invoquée était l’absence de marché et une chute vertigineuse du carnet de commandes.

 

En outre, il faut se rappeler que quelques mois après l’épisode COSPAR, un décret paru en décembre 2009 fixait la liste des secteurs prioritaires pour l’application de certains articles de la loi sur le développement économique des outre-mer (Lodeom).

Ce décret concernait l’application du plafond maximal de rémunération à exonération,  jusqu’à fin 2009, le dispositif s’appliquait à hauteur de 4,5 Smic, au 1er janvier, le décret permettait d’aller en dessous de 4,5 Smic. 

 

L’application d’un principe de dégressivité rétablissait une certaine équité : l’exonération de cotisations sociales ne profitant plus qu’aux salaires les plus élevés.

Il y a donc des possibilités pour les petites entreprises, de ne pas « payer plein pot » et de limiter l’impact d’une hausse du SMIC sur leur trésorerie.

 

Une exigence morale et une nécessité politique

 

Sur le plan de la morale, augmenter le SMIC à 1.700 euros est certainement plus acceptable – et souhaitable – que d’aller dans le sens que voulait le MEDEF en 2004 : il proposait que le SMIC soit fixé par une « commission indépendante »

 

Enfin, rappelons que le SMIC à La Réunion a atteint le niveau de celui de la métropole au 1er janvier 1996.

 

Dans un rapport parlementaire (2005), le sénateur Torré écrivait :

« Pendant la période précédant l’alignement définitif du SMIC ultramarin sur le SMIC métropolitain ont eu lieu des hausses du SMIC ultramarin importantes, respectivement + 6,85 % au 1er juillet 1995 et + 6,75 % au 1er janvier 1996.

Cette hausse du SMIC a eu des effets négatifs sur les coûts salariaux et a constitué un frein pour les entreprises ultramarines, notamment dans le secteur du bâtiment, à forte utilisation de main d’œuvre ».

 

Mais le sénateur s’empressait immédiatement de préciser :

« Les coûts salariaux ne constituent plus, aujourd’hui, le principal facteur de hausse des coûts de construction ».

C’était en 2006.

 

Depuis, se sont installées des lois d’exonération.

Ainsi qu’une politique de grands chantiers et une activation de la commande publique.

 

Le sénateur poursuivait :

« Si ces exonérations de charges ne peuvent rendre les économies ultramarines compétitives par rapport à leurs voisins, où les coûts salariaux sont jusqu’à cinquante fois moins élevés, elles permettent toutefois de limiter, suivant la même logique qu’en métropole, l’effet du niveau des salaires sur les coûts salariaux à la charge des entreprises ».

 

Et cet ex sénateur UMP concluait :

« Le fait que le SMIC évolue aujourd’hui au même rythme dans les DOM qu’en métropole ne permet pas de faire de la limitation de la hausse du SMIC un levier pour compenser, dans une certaine mesure, la forte hausse des prix des matières premières qui touche spécifiquement les collectivités territoriales d’outre-mer ».

 

Cette conclusion est vrai pour le secteur du BTP. Mais pas que !

 

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1 Commentaire sur

Élections présidentielles – Social – Le SMIC à 1.700 euros brut : oui, et alors ?

  • bruno97490No Gravatar |

    la proposition du frond de gauche devrait ête reprise par le PS, c’est bien en augmentant les salaires, que l’on augemente le pouvoir d’achat, et que l’on peut plus consommer, donc que les entreprises doivent plus produire, donc avec une augementation du carnet de commandes, embaucher

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