Départementalisation – Fin d’un cycle, début d’un autre ? 2ème volet : La question des possibilités d’approvisionnement

 

Un lien très fort avec « notre » Europe… lointaine

 

La vie est chère, à La Réunion : c’est un constat récurrent.

Certains y voient un effet pervers des sur rémunérations, d’autres l’attitude de grands groupes, en situation de monopole ou d’oligopoles.

 

Les deux raisons ne sont-elles pas à retenir ?

Peut-être conviendrait-il d’en rajouter une autre, à double étage : qu’est-ce qui nous empêche de nous approvisionner dans les marchés environnants ?

 

Je peux y apporter deux réponses :

– d’une part, perdure un schéma mental qui fait que le seul lien possible est avec la « mère patrie », parce que cela fait plus de trois siècles que cela dure, 

– d’autre part, se poursuit ce schéma mental parce que l’on se réfugie derrière les règlements européens, certes, très restrictifs.

 

Quinze fois plus d’importations que d’exportations

 

On importe 15 fois plus que l’on exporte : c’est cela la réalité ! 

Le montant des importations est de plus de 3 milliards d’euros.

Celui des exportations est de seulement 250 millions d’euros.

Autrement dit, le « taux de couverture » des importations par les exportations est inférieur à 8%.

 

Pire, dans les quatre premiers postes d’importation, on trouve :

 

– les produits agricoles et agroalimentaires : 15% ;

– les véhicules : 11 % ;

– les hydrocarbures : 7,5 % ;

– les produits pharmaceutiques : 6,5 %.

 

Un taux de couverture ridicule

 

Nous nous approvisionnons principalement en métropole : près de 60% ! 

Et si l’on rajoute les pays de l’Union européenne, on arrive à un taux de près de 73% !

 

À noter toutefois que l’on commence à recevoir des produits en provenance de Singapour, de Chine.

L’Australie, l’un des rares sinon le seul pays de la zone à nous approvisionner ne figurait, en 2003, qu’au 7e rand de nos fournisseurs.

 

Et l’on a le même schéma en ce qui concerne nos exportations.

Elles sont essentiellement destinées au marché français : plus de 60%.

 

Et si l’on rajoute les pays de l’Union européenne, c’est près de 73%.

 

Les mêmes chiffres qu’en importations !

 

En revanche, le reste du classement change : nos autres clients (en 2003) étaient : les Etats-Unis, le Japon, Mayotte, Madagascar et Maurice.

Ces trois îles de l’océan Indien, en valeur cumulée, ne représentant pas 12% du volume exporté.

 

Cette organisation des échanges est donc très déséquilibrée.

Elle ne favorise aucunement une politique de codéveloppement.

 

En outre, cela génère un « bilan carbone » désastreux !

 

Question de volonté

 

   

Image extraite de l’article de Philippe Rekacewicz in Le Monde in Le Monde Diplomatique nov. 2009

 

La Réunion peut exporter dans les pays de la zone Océan Indien, notamment son savoir faire.

Madagascar peut devenir le « grenier » à céréales de la zone.

 

Il y à là quelque chose à concevoir, à mettre en place.

Encore faut-il avoir la volonté politique.

 

Celle qui consiste à dire en France comme en Europe, qu’il faut une politique française (ou européenne) DE l’océan Indien et non plus une politique française (ou européenne), DANS l’océan indien.

 

Ce n’est pas un changement sémantique.

C’est une « révolution » qui est sous-jacente.

 

Parce qu’elle va – enfin ! – mettre du contenu réel au concept de codéveloppement.

Elle va également mettre en adéquation des déclarations de principe – « La France est un grand pays qui rayonne sur tous les océans » -, avec des actes – « ce rayonnement doit être effectif et bénéfique pour les pays concernés » -.

 

Certes, il y a des possibilités, notamment celles conférées par la LOOM (loi d’orientation pour l’outre-mer).

Mais ces possibilités sont sous-utilisées.

 

Il y a aussi la possibilité – que dis-je, la nécessité – de réellement intégrer La Réunion dans son environnement géographique.

Cela doit se faire notamment au sein des structures existantes, comme la SADC, l’IOR, non plus en tant que membre observateur.

 

Je sais, je dois concéder que ce statut est en passe d’être dépassé, au profit du statut « d’observateur léthargique » avec la nouvelle majorité régionale.

 

Acteur et non plus spectateur

 

Dans l’attente de la signature des accords définitifs (et non plus intérimaires) des accords de partenariat économique (APE) avec les pays de la zone, on pourrait demander aussi de participer activement aux négociations.

Car cela nous concerne au premier chef.

 

Là encore, dès le début, nous nous sommes heurtés au refus des autorité de Bruxelles.

Je dois l’admettre, c’est avec la bienveillance du SGAR (Secrétaire général aux affaires régionales) de l’époque, que la Région a pu suivre des négociations qui se sont déroulées entre l’Union Européenne et les pays ACP (Afrique-Caraïbes-Pacifique).

 

Mais cette participation s’est faite seulement au titre de secrétariat administratif dont la responsabilité avait été dévolue à des cadres du service Plan et Développement économique de la SR21.

Et je dois avouer que ce rôle de veille a permis d’alerter les milieux économiques sur les risques que faisaient peser ces accords sur notre système productif si nous n’étions pas associés, faute de voir nos intérêts d’économie fragile en milieu insulaire défendus.

 

Une participation plus active nécessite donc que l’on ait des compétences supplémentaires.

De fait, une redéfinition des compétences de toutes les collectivités réunionnaises s’impose, afin de se partager ces compétences de manière à être efficace et performant.

 

Alors nous pourrons faire réellement avancer La Réunion.

 

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1 Commentaire sur

Départementalisation – Fin d’un cycle, début d’un autre ? 2ème volet : La question des possibilités d’approvisionnement

  • TipimanNo Gravatar |

    Arrêtons de voir encore et toujours comme seul et unique horizon la France, Paris… ou l’Europe…. regardons autour de nous, enlevons nos oeillères et notre manteau d’habitudes,

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