Du 29 juillet au 31 août : rétrospective – Avril 2013 : déplacements collectifs et déplacement… de centre de gravité

Pierre Vergès Je serai absent pour les jours qui viennent. C’est l’occasion de vous faire partager une rétrospective de mes articles depuis deux ans. Et les informations contenues dans ces papiers ont toujours une part d’actualité. J’entends par là qu’il est intéressant de voir combien la citation de Blaise Pascal « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » est juste.

Ainsi par exemple, la vérité sur un fait, l’indignation devant une injustice, la revendication devant un traitement inapproprié , peuvent être fortes… ou faibles voire inexistantes, selon que l’on est dans l’opposition ou au pouvoir.

Cela dit, celles et ceux qui dans ces articles sont sujets à des critiques peuvent avoir parfois montré leurs aptitudes à se remettre en cause. Comme quoi personne n’est parfait.

Enfin, j’arrête là et vous souhaite bonne lecture !

 

4 avril 2013 – Objectif prioritaire dans l’Île : inverser la tendance en matière de déplacements. L’exemple de l’agglomération nantaise       

 

 Le département s’est engagé dans une nouvelle phase de développement des transports collectifs en profitant de la nécessité de lancer une nouvelle délégation de service public pour le réseau départemental, plus connu sous le nom de réseau Car jaune.

  

Les axes principaux du PDT

 

Cette ambition s’est traduite par l’adoption d’un plan départemental des transports (PDT) dont je vous rappelle quelques axes principaux : 

 

– une DSP d’une durée de 10 ans, pour construire un réseau performant et durable ;

– un respect de l’exigence d’accessibilité aux bus pour les personnes à mobilité réduite au plus tard en 2015, et dans les meilleurs délais pour les stations et gares, en partenariat avec les AOTU ;

– une coordination avec les AOTU pour une inter modalité adaptée aux exigences des usagers, et une inter opérabilité afin de rendre encore plus attractif l’usage du transport collectif sur tous les réseaux, avec un ticket valable quel que soit les réseaux empruntés ;

– une mutualisation des politiques en adhérant à un syndicat mixte de transports ;

– une meilleure information pour atténuer les effets dommageables (retards par exemple) des limites d’un dispositif qui n’intègre pas vraiment des transports collectifs en site propre (TCSP), ferroviaires ou non, à la mesure des enjeux ;

– une réflexion à approfondir pour la pratique des différents modes de déplacements durables, dont le vélo ;

– une conviction partagée qu’il est indispensable, pour la plus grande efficacité de la politique coordonnée de déplacements durables, d’associer tous les citoyens soucieux d’accompagner la mise en place de cette politique, et d’abord de l’enrichir.

 

L’objectif est certes ambitieux.

Mais il est réaliste.

  

L’exemple de l’agglomération nantaise  

  

Il est urgent de le faire parce que d’autres territoires avant nous ont eu une ambition forte qui porte aujourd’hui ses fruits, ce qui ne peut que nous encourager.

C’est le cas de l’agglomération nantaise.

Une récente enquête réalisée en octobre 2012 par l’Agence d’urbanisme de l’agglomération nantaise sur les pratiques de déplacements dans l’agglomération nantaise montre une nette baisse nette de l’usage de la voiture particulière au profit de la marche à pied, du vélo et des transports publics.

Ainsi, depuis 2008, la part de l’automobile est passée de 57 à 50,9% dans la première ville française à avoir remis en 1985 le tramway sur les rails.

La pratique du vélo voit sa part de marché doubler, passant de 2% en 2008 à 4,5% en 2012 (5,3% en zone centrale) 

C’est une progression remarquable car le vélo était « scotché » à ces 2% depuis des décennies. 



Mais ce qu’il y a aussi de réjouissant, ne serait-ce que pour la santé, c’est que la marche à pied gagne deux points passant de 24% en 2008 à 26,8% en 2012 (21% en 2002).

Les transports publics ne sont pas en reste car sa part de marché atteint 15,8 contre 15% en 2008 et 13,9% en 2002.

  

S’en inspirer pour le devenir des déplacements dans l’Île  

  

Certains vont voir à travers cet exemple l’impossibilité de trouver l’équivalent à La Réunion, du fait de la pesanteur de décennies d’usage du véhicule individuel, ou du relief accentué de l’île.

Notons que la voiture a un coût de plus en plus important dans le budget des ménages, et qu’il est un peu facile de généraliser le caractère accentué du relief, ne serait-ce que lorsqu’on mesure la densité de déplacements dans les villes, dont beaucoup de liaisons sont sur du « plat ».

Mais ce qui est intéressant dans l’étude sur l’agglomération nantaise, c’est que les territoires extra périphériques ont été pris en compte.

Et si la voiture reste le moyen de déplacement dominant pour les banlieusards nantais avec 63,9% de part de marché, elle a perdu plus de 7 points par rapport à 2008 alors qu’elle n’avait pas varié jusque-là.

Dans la partie centrale de l’agglomération nantaise, la voiture n’est plus utilisée que pour 43,6% des déplacements, contre 49% en 2008

Constat surprenant : les avancées de la marche à pied, qui passe de 13 à 18% des déplacements, et du transport public, qui passe de 11% à 13,1%, sont plus fortes en banlieue nantaise qu’en zone centrale.

 

Allier volonté et détermination   

  

Nantes Métropole note dans un communiqué que ces chiffres sont cohérents avec les hausses sensibles de fréquentation enregistrées, de 4% en 2012, sur le réseau de bus et de tramway depuis 2008.

On a tendance à dire qu’il faut savoir ce que l’on veut.

Ainsi, pour l’agglomération nantaise, ces résultats résultent de la politique de mobilité menée par l’agglomération qui a été la première en France à remettre le tramway sur les rails, en 1985.

Et l’agglomération Nantes Métropole note que son plan de déplacements urbains (PDU) 2010-2015 devra être réactualisé quant à ses objectifs, puisqu’il est en avance de plus de deux ans sur ses prévisions.

En effet, les objectifs étaient de faire passer à 58% la part de marché du transport public et des modes doux en 2030, et de baisser celle de la voiture à 40%.

Et à La Réunion, quel train… pardon quel tram pour offrir une véritable alternative durable à l’usage individuel de la voiture ?

Nous avons à mettre les bouchées doubles pour réussir les déplacements durables dans notre île.

 

Source : Robert Viennet (Mobilicités)

 

11 avril 2013 – Le déplacement du centre de gravité économique et financière de la planète s’inscrit durablement

 

Monde carte tectonique Un article très intéressant intitulé « L’Asie, croupière du monde ? »
 et signé Damien Durand (1) nous confirme à quel point le Monde bouge à grande vitesse, et que le déplacement du centre de gravité économique et financière de la planète s’inscrit durablement. Lecture !

 

« Si quelqu’un se prétendant connaisseur vous affirme un jour que « l’avenir des établissements de jeu » se trouve en Asie, fuyez-le, car il a le pire des défauts quand on s’intéresse aux pays émergents : avoir un wagon de retard !

En effet, l’Asie ce n’est pas le futur du secteur, mais déjà le présent.

Et sans vouloir se prévaloir de compétence de voyance, tout indique qu’elle l’est sans doute de manière irréversible.

Annonçons directement la couleur : ceux qui croient que Las Vegas est la capitale mondiale du jeu ont les œillères de ceux qui ne voient pas que le monde change.

Les plus « audacieux » des has-been avanceront que, oui, Las Vegas a bien été devancé par Macao, l’autre « enfer du jeu ».

Bien vu en effet, même si « devancé » semble un doux euphémisme : avec 38 milliards de dollars de chiffre d’affaires, le territoire d’à peine 30km² redevenu chinois en 1999, pulvérise « Sin City » qui plafonne péniblement à 6 milliards de dollars de chiffre d’affaires (10,8 milliards pour tout l’Etat du Nevada).

Un camouflet d’autant plus retentissant qu’en 2006, Macao était encore derrière sa grande sœur américaine, ce qui laisse songeur sur ce qui a pu se passer en moins de 10 ans.

Plus impressionnant, et beaucoup moins connu, Las Vegas n’est pas la deuxième, mais la troisième ville du jeu au niveau mondial, dépassée d’une courte tête par… Singapour !

Un exploit double.

Primo, parce que la cité-Etat, pas particulièrement connue pour son ouverture aux plaisirs que la morale réprouve, n’a autorisé le jeu qu’en 2009.

Secundo, parce que les autorités Singapouriennes n’ont accepté, pour l’instant, l’ouverture que de… deux casinos.

Enfin, d’autres places fortes d’Asie vont émerger dans les prochaines années, bouleversant encore ce classement, et feront sans doute de Las Vegas une place, certes historique et mythique du jeu, mais de plus en plus secondaire.

Comment les cartes ont-elles pu être rebattues aussi vite sur le tapis mondial des établissements de jeu ?

Réponse imparable : l’opportunisme et le froid pragmatisme des nouveaux acteurs a tout changé en quelques années.

 

Macao et Singapour : une leçon d’efficacité   

 

Macao et Singapour ont, en moins de 10 ans, mis à genoux des décennies de domination de Las Vegas et du Nevada en matière de business du jeu.

Pourtant, les deux territoires, n’ont que leur taille et leur influence culturelle chinoise en commun dans leur stratégie de développement du secteur.

Macao et Singapour ont en effet opté pour deux modèles de développement très différents qui, suivant la vague de développement économique qui inonde cette région du monde, se sont tous les deux révélés gagnants.

Macao est une place historique du jeu, qui se pratique sur le territoire depuis le milieu du XIXe siècle.

Pendant des décennies, la « gambling industry » (« l’industrie du jeu ») était sous contrôle intégral des autorités qui ont cependant su anticiper les évolutions d’une Chine à laquelle Macao a été rétrocédée, et où une classe moyenne émergente avide de jeu n’avait que peu l’occasion de s’adonner à cette activité totalement interdite par Pékin.

Coup gagnant du gouvernement : en 2002, il a décidé de libéraliser le secteur, sous contrôle des autorités de la Région administrative spéciale qui ont gardé une main de fer sur le processus.

Six groupes se sont partagés les licences (avec obligation d’engagement pour vingt ans) autorisant l’ouverture d’établissements sur le territoire, donnant automatiquement accès à l’immense marché chinois, dont Macao a, de fait, le monopole.

Résultat : une trentaine d’établissements gigantesques existent aujourd’hui sur le territoire, quasiment tous ouverts 24/24 et accueillant des touristes venant très majoritairement de Hong Kong et de Chine via le ballet incessant des ferryboats reliant Macao au reste du continent.

Le réservoir de joueurs chinois semblant inépuisable, c’est une croissance à deux chiffres (13% en 2012) que connaît le secteur.

A Macao, le jeu est omniprésent, accompagné de ses activités annexes parfois suspectes d’apporter le trouble à l’ordre public (comme la prostitution, qui est parfaitement légale à Macao).

Ne voulant surtout pas amener le « vice » sur son territoire, mais ne voulant pas bouder une activité aussi lucrative, la prude Singapour a joué une partition complètement différente.

Etant devenue un carrefour majeur du monde des affaires et un hub par lequel transite une bonne partie des flux d’Asie du Sud, Singapour a compris que le jeu ne pouvait que marcher sur son territoire.

Le gouvernement a donc accepté cette activité, à sa manière, c’est-à-dire avec pragmatisme.

Primo, pour éviter de ressembler à Macao où l’on croise un casino (presque) à tous les coins de rue du quartier dédié, les licences d’exploitation sont délivrées avec parcimonie, uniquement dans le cadre d’une offre globale alliant établissement de jeu et offre hôtelière ou base de loisirs.

Hors de question d’ouvrir « juste » un casino.

Deux (immenses) établissements seulement ont ouvert depuis 2009 :

le Resort World Sentosa propriété du conglomérat malaisien Genting Group,

et le Marina Bay Sands, immense complexe hôtelier dédié au jeu, dont la construction a coûté la coquette somme de 5,5 milliards de dollars à son propriétaire, Las Vegas Sands Corp. qui, comme son nom l’indique, était historiquement basé dans le Nevada et réoriente sa stratégie sur le marché asiatique (en attendant l’Espagne avec le projet EuroVegas ?).

Un signe qui ne trompe pas sur la dynamique qui se joue.

Secundo, pour bien marquer l’idée qu’à Singapour, on veut bien l’argent du jeu, mais pas le vice qui va avec, la fréquentation des établissements de jeu (que seules des entreprises étrangères peuvent gérer d’ailleurs) n’est librement autorisée qu’aux étrangers de passage.

Les Singapouriens et les résidents permanents étrangers doivent s’acquitter d’un droit d’entrée dissuasif, histoire de ne pas trop leur donner le goût du démon du jeu !

Une stratégie restrictive, ne promouvant pas le jeu comme étant quelque chose de positif, mais au but strictement économique clairement avoué, qui, en trois ans, à détrôné Las Vegas…

 

Marchés en émergence : gagnant à tous les coups ?     

 

Mais la croissance du business des établissements de jeu ne va pas s’arrêter, en Asie, à de micro territoires.

D’autres états du contient amorcent déjà leur décollage sur ce secteur, et même si leur retard est encore conséquent, leurs tailles et leurs puissances démographiques laissent présager de changements majeurs dans le secteur.

Les Philippines par exemple se positionnent clairement pour avoir aussi une part du gâteau.

Les autorités de Manille vendent également des licences pour ouvrir des établissements, y ajoutant de plus de généreux avantages fiscaux.

Le but ? Se positionner sur un marché « low cost » du jeu, pour une clientèle locale ou asiatique dont les moyens ne leur permettent pas une escapade dans les coûteuses infrastructures hôtelières de Macao ou de Singapour.

D’immenses complexes devraient bientôt sortir de terre, et propulser l’archipel au premier plan.

Le Crédit Suisse a d’ailleurs émis une prévision de croissance annuelle moyenne de 28% sur la période 2012-2018, et les Philippines devraient probablement dépasser Singapour, sans doute en 2017 si tout se déroule comme prévu.

L’Indonésie laisse aussi entrevoir un potentiel énorme, même si la pression religieuse dans le premier pays musulman du monde entraîne souvent la fermeture des établissements, jusque-là majoritairement fréquentés par des Australiens.

La possibilité de création d’une zone spéciale entièrement dédiée au jeu est à l’étude, et représenterait une nouvelle majeure pour ce business dans la région.

Plus étonnant, d’autres pays nettement plus développé que la moyenne du Sud-Est asiatique envisagent aussi d’investir dans le secteur.

La Corée du Sud, qui ne possède que quelques infrastructures et dont seul un est autorisé pour les Coréens, pense sérieusement à développer ce secteur, dans un premier temps en autorisant à tous ses nationaux la fréquentation de ces établissements.

Le Japon, qui peine à sortir du marasme économique, envisage aussi l’ouverture de casinos sur son territoire, où ils sont pour l’instant interdits.

Les analystes estiment que les casinos au Japon pourraient représenter un business entre 10 et 44 milliards de dollars annuels. 

Autrement dit, même la fourchette la plus pessimiste dépasserait déjà Las Vegas…

Le « Strip » de Las Vegas, miné par les fermetures d’établissements et les retards économiques dans la construction de nouveaux complexes, semble largué, dépassé par la globalisation du jeu, qui ne fait que suivre, lui aussi, la dynamique de la croissance mondiale.

Et bien qu’il s’agisse de casinos, il n’y a, dans cette situation, pas la moindre once de hasard. »

 

(1) « Damien Durand est diplômé de Sciences Po Paris et de l’IEP Grenoble, où il s’est spécialisé dans les problématiques politiques et économiques en Asie de l’Est et du Sud-Est.

Après avoir disséqué l’actualité française sous toutes ses coutures pour le quotidien japonais Mainichi Shimbun, il est aujourd’hui le rédacteur en chef du magazine bimestriel Pays Emergents. »

Source : http://quotidienne-agora.fr/

 

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