Du 29 juillet au 31 août : rétrospective – Décembre 2011 (2) : : « Peaux noires, masques blancs ».

Pierre Vergès Je serai absent pour les jours qui viennent. C’est l’occasion de vous faire partager une rétrospective de mes articles depuis deux ans. Et les informations contenues dans ces papiers ont toujours une part d’actualité. J’entends par là qu’il est intéressant de voir combien la citation de Blaise Pascal « Vérité en deçà des Pyrénées, erreur au delà » est juste.

Ainsi par exemple, la vérité sur un fait, l’indignation devant une injustice, la revendication devant un traitement inapproprié , peuvent être fortes… ou faibles voire inexistantes, selon que l’on est dans l’opposition ou au pouvoir.

Cela dit, celles et ceux qui dans ces articles sont sujets à des critiques peuvent avoir parfois montré leurs aptitudes à se remettre en cause. Comme quoi personne n’est parfait.

Enfin, j’arrête là et vous souhaite bonne lecture !

 

6 décembre 2011 – Hommage : il y a 50 ans disparaissait Franz Fanon    

 

Frantz Fanon 6 décembre 1961 – 6 décembre 2011 : il y a 50 ans mourait Frantz Fanon, à l’âge de 36 ans, des suites d’une leucémie. 

 

Franz Fanon, né en Martinique, est l’un des plus grands penseurs de la lutte anti coloniale.

Défenseur de l’indépendance algérienne, psychanalyste et écrivain, il a décrit les mécanismes psychologiques par lesquels l’oppresseur poursuit son asservissement de l’opprimé.

Un livre notamment fait autorité : « Peaux noires, masques blancs ».

C’était son sujet de thèse, dans lequel apparaît la critique psychanalytique et politique du colonialisme, les ravages d’une pensée qui a asservi une partie de l’humanité, s’emparant des corps comme des esprits. 

Un texte destiné à l’information de celles et ceux qui considèrent la culture réunionnaise comme un sous-produit.

Un texte destiné à l’information de celles et ceux qui estiment qu’une pièce de théâtre à laquelle on n’adhère pas doit être interrompue sur le champ.

Un texte destiné à l’information de celles et ceux  qui méprisent la création réunionnaise en faisant croire qu’elle repose sur des valeurs « pornographiques ».

Un texte destiné à l’information de celles et ceux  qui estiment que le créole, c’est KK.

Bref, un texte destiné à l’information de toutes celles et ceux qui, peaux noires, rêvent d’un masque blanc. Mais aussi à toutes celles et tous ceux qui, peaux blanches, tentent de se draper d’un masque noir.

Je vous livre ci-dessous un extrait de cet ouvrage, qui nous invite chacun à faire notre examen de conscience :

 

« Il ne faut pas essayer de fixer l’homme, puisque son destin est d’être lâché.


La densité de l’Histoire ne détermine aucun de mes actes.


Je suis mon propre fondement.


Et c’est en dépassant la donnée historique, instrumentale, que j’introduis le cycle de ma liberté.


Le malheur de l’homme de couleur est d’avoir été esclavagisé.


Le malheur et l’inhumanité du Blanc sont d’avoir tué l’homme quelque part.


Sont, encore aujourd’hui, d’organiser rationnellement cette déshumanisation. 

Mais moi, l’homme de couleur, dans la mesure où il me devient possible d’exister absolument, je n’ai pas le droit de me cantonner dans un monde de réparations rétroactives.


Moi, l’homme de couleur, je ne veux qu’une chose :
 Que jamais l’instrument ne domine l’homme.

Que cesse à jamais l’asservissement de l’homme par l’homme. 

C’est-à-dire de moi par un autre.

Qu’il me soit permis de découvrir et de vouloir l’homme, où qu’il se trouve.


Le nègre n’est pas.

Pas plus que le Blanc.


Tous deux ont à s’écarter des voix inhumaines qui furent celles de leurs ancêtres respectifs afin que naisse une authentique communication. 

Avant de s’engager dans la voix positive, il y a pour la liberté un effort de désaliénation.

Un homme, au début de son existence, est toujours congestionné, est noyé dans la contingence.

Le malheur de l’homme est d’avoir été enfant.


C’est par un effort de reprise sur soi et de dépouillement, c’est par une tension permanente de leur liberté que les hommes peuvent créer les conditions d’existence idéales d’un monde humain.


Supériorité ?  Infériorité ?


Pourquoi tout simplement ne pas essayer de toucher l’autre, de sentir l’autre, de me révéler l’autre ?


Ma liberté ne m’est-elle donc pas donnée pour édifier le monde du Toi ?


À la fin de cet ouvrage, nous aimerions que l’on sente comme nous la dimension ouverte de toute conscience. 


Mon ultime prière :
 Ô mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge !»

 

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