Matignon 2 : une illustration du tour de passe-passe

 

   Je vous ai promis de vous faire partager mes commentaires sur le Protocole de Matignon version Fillon-Robert, appelée Matignon 2.

 

Je dois vous avouer que la double circonstance,

 

d’une part de non évènement d’ailleurs accompagné d’analyses où percent le scepticisme des journalistes,

 

et d’autre part la flatterie « cajoleuse » d’un François Fillon, au nom du Gouvernement Sarkozy, qualifiant Didier Robert de « redoutable négociateur »,

 

m’ont conduit à prendre mon temps pour apporter un éclairage sur, comment dirais-je, une situation crépusculaire de notre Île, sacrifiée par un Didier Robert qui s’est fait rouler dans la farine !

 

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Petite différence et grande conséquence entre Matignon 1 et Matignon 2

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Une simple illustration :

 

– dans le Protocole de Matignon 1, il était prévu que

le dépassement du coût du projet de NLSDO (Nouvelle Liaison St-Denis Ouest), au-delà de l’estimation initiale de 930 millions d’€,

serait pris en charge à 59 % par l’État… et ce, quelque soit l’ampleur du dépassement ;

 

– dans le Protocole de Matignon 2, il est prévu que

le dépassement du coût du projet de NLSDO (Nouvelle Liaison St-Denis Ouest), au-delà de l’estimation de 1600 millions,

sera pris en charge par… la seule Région Réunion ! Soyons honnête et plus précis, l’Etat interviendrait « généreusement à hauteur de… 14 % !

 

Or, en 3 ans, le surcoût, d’un tracé arrêté aussi, rappelons-le, par les services de l’ État, est déjà de 670 millions ! L’État qui était responsable des routes nationales jusqu’en 2009…

 

Mais je voudrais surtout insister sur le fait que comparer Matignon 2 à Matignon 1 nécessite de ne pas mélanger les aéroports dans un protocole qui concernait le Tram Train et la Route du littoral en 2007, le Trans Eco Express (alias 2000 bus) et la route du littoral en 2010.

 

 

J’ai reçu un courrier de lecteur, au contenu fort instructif, sur le sujet des plates-formes aéroportuaires signé Jean Montfort.

 

Il me semble intéressant de vous le communiquer :

 

« Avec un peu de recul, on finit par démontrer que les nouveaux accords de Matignon constituent un véritable tour de passe-passe. L’exemple avec les 250 millions qui seront consacrés aux deux aéroports de Gillot et de Pierrefonds.


LE DOCUMENT REVÉLATEUR SUR LE SITE DE LA CCIR


En effet, en 2009, le président de la Chambre de Commerce, Eric Magamootoo présentait un document baptisé « plan de composition générale de Gillot 2015-2020-2025 ».

En allant sur le site de la CCIR en en cliquant sur « publications » on peut retrouver une vidéo expliquant le pourquoi du comment de ce plan.

 

Il était prévu pour recevoir l’A380 et le tram-train.

 

Il précisait quelles surfaces et quels investissements seraient nécessaires pour accompagner ce mouvement d’ici 2025.

Les premières études devaient débuter cette année.

 

En 2002, au moment du renouvellement de la concession aéroportuaire, la CCIR avait tenté d’obtenir de l’État un engagement pour permettre à Gillot de recevoir les A380. Paris avait refusé.

 

En 2009, Eric Magamootoo relançait le dossier.

La Chambre évaluait à 200 millions les crédits nécessaires dont 50 millions pour reconstruire la piste.

Elle inscrivait à ses dépenses plusieurs crédits.

Ainsi un emprunt de 6 millions était porté au budget 2011.


LE CONCOURS LOGIQUE DE L’ÉTAT ET DE L’EUROPE


Mais, la Chambre espérait mieux : un concours de l’Europe et surtout des financements de l’État.

Car, à partir de l’année prochaine, le statut de Gillot va changer.

 

Une société aéroportuaire sera installée.

L’État  (60%) en serait l’actionnaire principal, à côté de la CCIR (25%) et les collectivités (15%).

 

Or, c’est « le futur concessionnaire qui devra mener à bien les travaux permettant d’accueillir le gros-porteur d’Airbus », écrivait le 21 mars 2008 le quotidien sous la signature de Cédric Bouland.

 

En somme les dépenses prévues pour le réaménagement de Gillot incomberaient au futur principal actionnaire, en l’occurrence l’État.

 

Si Matignon 1 avait été maintenu, ces crédits seraient venus en plus de ceux inscris dans les accords.

 

L’État a  donc réussi un tour de passe-passe : il a fait inscrire dans Matignon 2 des dépenses qu’il aurait eu à supporter pour Gillot en dehors des accords de Matignon 1.

 

La somme correspond aux investissements nécessaires doit être logiquement retranchée du montant total des crédits pour qu’on puisse évaluer avec précision  Matignon 2 par rapport à Matignon 1.

 

Jean Monfort

                                                                                                                                                                                                        

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5 Commentaires sur

Matignon 2 : une illustration du tour de passe-passe

  • Jean-JacquesNo Gravatar |

    Et c’est ce que Paris appelle un redoutable négociateur… quelle ironie, monsieur Fillon… La Réunion n’a pas plus – même moins – et on va devoir se débrouiller pour rénover deux aéroports / aérodromes.
    l’Etat se défausse sans cesse sur les collectivités. C’est vraiment lamentable.

  • EricNo Gravatar |

    Pour être clair: on s’est fait avoir; La Réunion va payer pour un aéroport (Pierrefonds) pour lequel le gouvernement ne voulait pas s’engager. la mission de Fillon est donc réussie.
    on va payer pour la réhabilitation et l’extension de Gillot: d’accord on veut un A380 pour faire baisser le prix du billet d’avion… mais tout de même. qui paie les travaux dans les aéroports de Lyon? Marseille? Toulouse?

  • Jean-Pierre MarchauNo Gravatar |

    Concernant la conclusion de Montfort, c’est exactement ce que nous avons dit dans notre conférence de presse, Christophe Pomez et moi, pour dénoncer le « maquillage » du montage financier.

  • chloéNo Gravatar |

    En clair, le bénéfice de Matignon 2 c’est zéro kalbas
    on n’a rien gagné en plus… mais on a des financements en moins.
    habile négociateur, M. Robert… pour les intérêts du gouvernement seulement mais pas ceux des Réunionnais

  • TwiggyNo Gravatar |

    Bravo, M. Robert, avec vous, on est sauvés !

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