Courrier de lecteur – Le Dash 8 va bientôt quitter notre île, et ensuite ?

courrier des lecteurs Cette année 2013, qui se termine bientôt, est marquée par les nombreuses interventions du Dash 8, et fait que l’on peut se poser la question de la nécessité de l’établissement définitif de moyens aériens pour l’extinction de feux à la Réunion, et celle ci deviendra encore plus légitime du fait de son départ probable à la mi-décembre.                                                                      

Lors des vœux à la presse du préfet de la Réunion, celui-ci a évoqué le 24 janvier 2013 le sujet de la lutte contre les feux de forêt et en a fait un bilan «globalement positif».

Le coût du DASH 8 a lui aussi été rappelé ( 1.382 290.64 euros, détachement et convoyage inclus ) sans toutefois aller plus loin dans l’analyse du coût-avantage de l’acquisition de cet engin.           

Un autre élément pouvant contribuer au débat existe : une question écrite de Mme BELLO datant de la fin de l’année 2012 au gouvernement, lui demandant s’il était possible de maintenir à demeure un Dash 8 à la Réunion compte tenu son utilité. 

Il lui a été répondu que cela n’était pas possible car la Métropole n’en comptait que deux dans sa flotte (!) ; qu’il était difficile à cette époque au vue de la crise budgétaire d’en acheter un autre, au vu du prix d’un Dash 8 ( 25 millions d’euros ), de son coût horaire de 14780 euros au niveau local ; que cependant d’autres solutions étaient à l’étude notamment l’achat d’un hélicoptère lourd qui était envisagé car plus en adéquation semble-t-il par rapport à notre relief et nos besoins en transport de personnel. Mais l’année 2013 va bientôt se terminer et le Dash 8 va de nouveau s’envoler vers sa terre natale en fin d’année comme il l’a fait les autres fois.                                                                                                         

Quid alors de la Réunion ? 

Va-t-on devoir compter sur une saison des pluies hypothétiquement bénéfique qui nous amènera une diminution du risque de départ de feux ? 

Qu’en est-il de l’avancée de cette étude?                                                                                                            

Ce silence assourdissant, que ce soit de l’État ou du SDIS de la Réunion, ne présage rien de bon pour le début de l’année 2014 car qu’en sera-t-il si la sécheresse persistante ne permet pas une ré humidification de la couche superficielle des sols, si de nouveaux incendies se déclarent en de multiples points du territoire réunionnais alors que le Dash 8 lui sera absent ( il est reparti le 12 décembre en 2012 ) ?

Va-t-on encore devoir payer un nouveau convoyage du Dash 8 et cela à quel prix ?                                                                                                  

Pourtant plusieurs rapports sont sortis durant l’année 2012 ; ainsi un avis sur la sécurité civile de Mr Pierre MOREL daté d’octobre 2012 insistait sur le fait « qu’il est l’heure maintenant d’opérer des choix stratégiques », je le cite : « Se pose en effet en premier lieu la question du modèle économique sur lequel reposera la lutte contre les feux de forêts au cours des prochaines décennies ». 

Si la métropole débat de la question suivante, pourquoi à la Réunion les services concernés n’en débattent point ? À moins que le public n’en soit pas digne pour ne pas en avoir connaissance ou participer lui-même au débat ? Pourtant c’est lui par le biais des impôts qui apportent le financement..                                                                                  

En lisant attentivement cet avis de Mr MOREL, on ne peut en tirer que la conclusion suivante : que les problématiques soulevées dans ce document en matière de lutte contre les feux ne sont pas du tout les mêmes rencontrées ici. 

La possibilité que la Réunion possède ses propres moyens aériens en terme de lutte contre les incendies comme le département de l’Hérault n’est même pas abordée alors que le simple fait déjà que nous soyons inscrits au patrimoine mondial fait que cela aurait du être le cas.

Il en est de même si on lit le rapport d’information daté de 2012 par le sénateur Dominique de LEGGE. Certes ces documents abordent la situation d’un point de vue nationale mais notre situation mérite qu’on s’y attarde.                                  

Encore faut-il que si l’on choisit tel ou tel appareil, on se doit de les comparer tout d’abord du point de vue du coût budgétaire, celui-ci étant l’aspect le plus important. 

Cela au vue de la crise  actuelle : une moindre rentrée d’impôts locaux aux niveaux des collectivités locales est observée ; une baisse continuelle de la dotation financière de l’Etat au fil des années est constatée ; et le maintien du budget d’investissement du Sdis sur d’autres postes doit être considéré ( casernes,achat de véhicules terrestres ), et fait que ce service dépendant du conseil général en grande partie ne peut qu’opter pour un moyen aérien peu onéreux en termes de maintenance et de fonctionnement.

Il faudra aussi les comparer d’un point de vue opérationnel : pouvons-nous nous permettre d’envisager un appareil pourvu d’un rayon d’action suffisant pour agir aussi au niveau régional pour aider nos voisins ? Un appareil pouvant aussi servir au transport d’hommes est-il nécessaire ? Cet appareil sera-t-il adapté à la nouvelle politique de lutte contre les feux à la Réunion ( guet aérien retardant et appui des forces au sol ) ?                                                                                                                                                                                                                                                                                                                               

Dash 8 photo Traitons d’abord du cas du Dash 8, appareil le plus connu chez nous : c’est à l’achat 25 millions d’euros qu’il faudra débourser et un coût horaire de 14 780 euros au niveau local.

À première vue, en terme financier cela ne semble pas raisonnable compte tenu des éléments ci-dessus. D’autant plus que nous ne pourrions nous rapprocher du coût horaire de la métropole soit 7392 euros ( 67% de cette somme va à la maintenance de cet engin ). 

Cela me parait un objectif inatteignable au vu de notre éloignement géographique et des économies d’échelle à réaliser.

Cela fait que nous ne pourrions envisager l’achat de ce type d’engin. Certes celui-ci en terme de rayon d’action peut être déployé dans l’Océan Indien mais les états voisins accepteront-ils «une mutualisation des coûts», et cela sur quels bases juridiques et économiques ?

Cela pourrait donc pourrait prendre beaucoup de temps pour la mise en place d’un tel dispositif à mon humble avis. 

Ensuite, où serait-il basé ce Dash 8 ?

À Madagascar qui possède une surface forestière beaucoup plus importante que la Réunion ?

Si deux incendies de forêt ont lieu en même temps et dans des régions différentes, laquelle sera prioritaire ? 

Il est vrai aussi qu’en terme de capacité d’emport d’eau (10 000 litres), le Dash 8 est pratiquement imbattable, mais l’on ne peut que constater que s’il remplit la mission de guet aérien armé retardant «  préventif », cela se fait à un prix exorbitant.

D’ailleurs cette mission de surveillance préventive a été exercée par des moyens terrestres à la Réunion et l’a été généralement par le biais des avions de type « tracker » en Métropole.                                                                                                                                     

photo canadair Alors pourquoi pas le Canadair ? Avion emblématique de la lutte contre les feux, mais son prix à l’unité de 30 millions d’euros n’incite pas non plus à l’achat. 

De plus ils agissent souvent en groupe, un seul donc suffira-t-il à la Réunion ? 

Où écopera-t-il aussi ? Il est hors de question qu’il le fasse dans le lagon, écologiquement et au niveau de la sécurité cela n’est pas raisonnable …reste encore la baie de St Paul, à voir si opérationnellement cela est possible…

Cependant la maintenance due à l’eau salée sera certainement plus importante que s’il écopait seulement en eau douce, et là encore, comme le DASH8, seule une société spécialisée sera apte à le faire ( coût de maintenance proche du Dash 8 ).                                                                          

photo tracker Reste aussi la solution du « Tracker », mais celui-ci est en fin de vie pour rappel, et là aussi hors de question d’aller aider nos voisins de la zone au vue de son rayon d’action.                                                                                                                                                        

Autre solution proposée  par d’autres observateurs et le gouvernement : l’achat d’un hélicoptère lourd. 

photo Aircrane Sans doute parle-t-il d’un Air Crane : hélicoptère lourd bombardier d’eau solution qui sur le papier semble une solution intéressante ( transport d’hommes, volume d’eau emporté, existence d’un grappin ), mais en terme de cout financier rejoint celui d’un dash 8 ( prix unitaire de 30 à 40 millions de dollars, et pour une location de 12 semaines, 1.5 millions : tout cela a été constaté par les autorités australiennes qui eux-mêmes n’ont opté que pour la location de ce type d’engin devant le ratio coût-avantage).                                

Il y a aussi la possibilité d’opter pour des hélicoptères bombardiers d’eau comme en loue déjà le département des alpes maritimes. 

photo Hélico Bell 112 L’hélicoptère lourd BELL 212 peut emporter 6 sapeurs-pompiers et permet la descente en rappel par hélicordage de personnels spécialisés ( à voir si l’hélitreuillage dans les zones concernées est utile ici car cela suppose la possession des moyens de lutte incendie individuel ou le prépositionnement de réservoir d’eaux ).

Dans sa version de largage, il emporte une charge de 1400 litres environ, larguable en une ou deux soutes.

Le temps de remplissage de son réservoir ventral, en vol stationnaire,est de 1 minute et 10 secondes. 

photo helico EC 145 Alors pourquoi pas, mais quand on sait qu’un EC 145 acheté par la Guadeloupe, c’est 8.5 millions d’euros l’unité, on n’ose imaginer le prix d’une BELL 112. 

Il faudra  certainement envisager l’achat car quel acteur privé se lancera sur le marché de la location de ce type d’appareil au niveau local ?

photo Air Tractor Une dernière solution aérienne existe, et celle-ci est déjà phase d’expérimentation dans le sud de la France : le Air Tractor dans sa version bombardier d’eau d’un cout unitaire avoisinant les 3 millions d’euros et d’un cout horaire de maintenance et de fonctionnement beaucoup moins important que les autres types d’engins ci-dessus ( déjà envisagé pour remplacer les Tracker en métropole ).

Il est disponible en monoplace sous la désignation AT-802AF. Il dispose de deux trémies, l’une entre la cloison pare-feu du moteur et le cockpit, et l’autre sous le ventre. Le tout représente 3100 litres d’eau ou de retardant.

Il s’inscrit à priori dans la nouvelle politique de lutte contre les feux à la Réunion : c’est-à-dire qu’il peut survoler de manière préventive un territoire donné,détecter un feu naissant, l’attaquer dans les 10 mn suivantes.

Ce foyer est alors souvent tres maitrisable et ne mobilise pas l’emploi de forces supplémentaires. C’est le principe de l’attaque des feux naissants qui est l’une des caractéristiques de la doctrine du modèle français de lutte contre les feux de forêts.

L’emploi de l’Air Tractor peut cependant être pénalisé du fait du comportement de cet appareil au vent et de son taux de montée dans le relief, mais pourquoi ne pas conduire rapidement une expérimentation à la Réunion suite au départ du Dash 8 ( Il est déjà utilisé dans d’autres régions du monde, Australie, pays d’Europe de l’Est, U.S.A ).

L’air Tractor peut être ravitaillé par un pélicandrome, il en existe déjà un à St Pierre. Peut-être du fait de son rayon d’action, faudra-t-il en installer un autre dans la région « nord-est », et comme lieu d’implantation la base aérienne de Gillot serait un lieu idéal pour y implanter un nouveau. 

De plus tout proche de chez nous, une société en Afrique du Sud les commercialise déjà.               

Toutes ces conditions sont donc réunies pour mettre en place une expérimentation d’un Air Tractor à la Réunion, et voir s’il peut s’adapter correctement aux conditions d’utilisation au niveau local. Encore faut-il que les autorités compétentes prennent en compte l’urgence de la situation.

 

Peut-être faudra-t-il un nouveau Maïdo pour qu’enfin on se décide à faire quelque chose..

 

Mr Yannis HOARAU de Sainte-Suzanne

 

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